Conakry, 16 janvier 2026 – L’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI) a franchi une étape décisive de son histoire à l’issue de son congrès électif tenu ce vendredi à la Maison de la Presse de Guinée, à la Minière, dans la commune de Dixinn. Cette rencontre, marquée par la transparence et le respect des règles démocratiques, a abouti au renouvellement du bureau exécutif de l’organisation.

La cérémonie s’est déroulée en présence d’un représentant de la Haute Autorité de la Communication (HAC), du Directeur de la Maison de la Presse, de responsables d’associations professionnelles de médias, ainsi que d’un huissier de justice chargé de superviser le processus électoral. Une configuration qui témoigne de la volonté des organisateurs de garantir la crédibilité de l’élection, dans un contexte médiatique national fragilisé par les crises économiques et institutionnelles.

Si l’élection du nouveau bureau constituait l’objet principal du congrès, l’événement a surtout été marqué par l’intervention de la présidente sortante, Madame Aminata Camara, dont le discours a profondément marqué les participants.

Un choix assumé de transmission

Refusant de briguer un second mandat, malgré plusieurs sollicitations internes, Aminata Camara a fait le choix de la transmission, estimant avoir accompli sa mission à la tête de l’AGEPI. Une décision largement saluée par les éditeurs présents, qui y voient un acte de maturité démocratique et de responsabilité dans un environnement professionnel souvent confronté à la personnalisation du pouvoir.

Élue en 2022, elle avait hérité d’une association en grande difficulté : crise de confiance entre membres, divisions internes persistantes, affaiblissement organisationnel, chute drastique des cotisations et absence quasi totale de ressources financières stables. Dans un contexte général de récession économique touchant l’ensemble du secteur des médias, la survie même de l’AGEPI était alors sérieusement menacée.

Tenir face à l’adversité

Dans un discours empreint d’émotion et de lucidité, la présidente sortante est revenue sans complaisance sur ces années de combat.

« Lorsque j’ai accepté la responsabilité de présider l’AGEPI en 2022, je savais que la tâche serait difficile. Mais je n’imaginais pas à quel point le chemin serait semé d’épreuves », a-t-elle confié, rappelant une période marquée par la solitude, les critiques et les incompréhensions.

Face à ces défis, Aminata Camara a revendiqué une ligne claire : tenir, coûte que coûte. Une posture qu’elle qualifie de fidélité à l’histoire de l’AGEPI et à l’idéal d’une presse indépendante, libre et responsable.

Former, rassembler, résister

Consciente des limites imposées par la faiblesse des moyens financiers, la présidente sortante a fait le choix de prioriser l’essentiel : la formation des éditeurs, le renforcement des capacités professionnelles et la solidarité entre acteurs de la presse indépendante.

Malgré les contraintes, plusieurs activités ont pu être maintenues, présentées comme autant d’actes de résistance dans un environnement médiatique en crise. Un engagement qui, selon elle, a permis à l’AGEPI de rester debout.

Une gestion financière sous le sceau de la transparence

Abordant sans détour la question sensible des finances, Aminata Camara a reconnu l’impact négatif des divisions internes sur les cotisations et la capacité de l’association à maintenir un siège fonctionnel. Elle a toutefois tenu à rassurer sur la gestion des ressources :

« Chaque franc a été géré avec responsabilité, transparence et honnêteté. Il n’y a eu ni opacité, ni compromis avec l’éthique », a-t-elle affirmé.

Un message fort, destiné à défendre son bilan et à poser les bases d’une gouvernance éthique pour l’avenir.

Un appel à l’unité

Au terme de son intervention, la présidente sortante a lancé un appel solennel à l’unité et au dépassement des intérêts personnels, exhortant les membres à se réconcilier pour renforcer l’organisation.

« L’AGEPI a survécu parce que certains ont refusé d’abandonner. Elle ne sera forte que si nous acceptons de travailler ensemble », a-t-elle insisté.

Aminata Camara quitte ainsi la présidence avec émotion, mais sans regret, convaincue d’avoir agi avec loyauté et engagement pour la profession.

Une nouvelle ère pour l’AGEPI

À l’issue du congrès, Aboubacar Soumah, éditeur du journal Le Renard, a été élu président de l’AGEPI pour un mandat de trois ans. Il hérite d’une association fragilisée mais toujours debout, portée par un héritage de résistance, d’éthique et de fidélité aux valeurs fondamentales de la presse indépendante.

Le nom d’Aminata Camara restera associé à une période où l’enjeu n’était pas de briller, mais de préserver l’essentiel et de maintenir vivante la voix de la presse indépendante guinéenne.