Longtemps perçue comme un simple loisir ou un symbole de convivialité, la consommation de chicha gagne du terrain chez les adolescents dans la capitale guinéenne. Alimentée par les tendances des réseaux sociaux et facilitée par un accès parfois peu contrôlé dans certains espaces de loisirs, cette pratique soulève de sérieuses inquiétudes en matière de santé publique et de protection de l’enfance.
Pour de nombreux jeunes, fumer la chicha est devenu un moyen de se divertir, de s’intégrer à un groupe ou d’imiter des comportements largement relayés sur les plateformes numériques. Les images de soirées festives mettant en scène des adolescents autour d’une chicha contribuent à banaliser cette pratique, en occultant les risques réels liés à l’inhalation de fumée et à l’exposition à la nicotine.
Un accès des mineurs qui interpelle
L’une des principales préoccupations concerne la facilité avec laquelle des mineurs peuvent accéder à la chicha. Dans plusieurs établissements de loisirs, la vérification de l’âge des clients n’est pas systématiquement effectuée avant la mise à disposition de ce produit.
Dans ces conditions, il suffit parfois à un adolescent de disposer des moyens financiers nécessaires pour consommer de la chicha, une situation qui pose la question de la responsabilité des exploitants de ces établissements ainsi que des vendeurs d’accessoires destinés à cette pratique.
Pour de nombreux observateurs, la recherche de profits ne devrait jamais primer sur la protection de la santé des jeunes. Cette réalité interpelle également les autorités compétentes quant à l’efficacité des dispositifs de contrôle et de prévention.
Des dangers encore largement sous-estimés
Malgré les idées reçues, les spécialistes de santé publique rappellent que la chicha n’est pas une alternative sans danger à la cigarette. Contrairement à une croyance répandue, le passage de la fumée à travers l’eau ne permet pas d’éliminer les substances toxiques qu’elle contient.
La fumée de chicha expose notamment les consommateurs à la nicotine, au monoxyde de carbone, aux particules fines et à plusieurs composés chimiques nocifs pouvant avoir des conséquences importantes sur l’organisme.
Chez les adolescents, les risques sont d’autant plus préoccupants que leur cerveau est encore en développement. Une exposition précoce à la nicotine peut favoriser une dépendance durable et influencer les comportements futurs liés à la consommation de tabac ou d’autres substances. À long terme, une pratique régulière peut également entraîner des troubles respiratoires et accroître le risque de maladies chroniques.
Familles, école et société appelées à agir
La progression de la consommation de chicha chez les jeunes révèle également un déficit de dialogue et de sensibilisation. Dans certains foyers, les parents ignorent les habitudes de leurs enfants ou minimisent les conséquences de cette pratique.
Faute d’informations fiables, de nombreux adolescents se tournent vers leurs pairs ou vers les réseaux sociaux pour se renseigner, au risque d’être confrontés à des messages qui banalisent les dangers.
Face à cette situation, la prévention apparaît comme une responsabilité partagée. Les familles, les établissements scolaires, les associations de jeunesse, les professionnels de santé et les pouvoirs publics sont appelés à renforcer leurs actions afin de mieux informer les jeunes et de les aider à faire des choix responsables.
Faire appliquer la réglementation
Au-delà de l’existence de textes réglementaires, plusieurs acteurs estiment que leur application effective demeure un défi. Sans contrôles réguliers dans les lieux proposant la chicha, les mesures destinées à protéger les mineurs risquent de rester insuffisantes.
Les autorités sont ainsi invitées à intensifier les campagnes de sensibilisation et les opérations de contrôle, tandis que les exploitants d’établissements doivent respecter leur obligation de refuser l’accès à cette pratique aux personnes mineures.
Un enjeu de santé publique
La consommation de chicha chez les mineurs à Conakry dépasse désormais le simple effet de mode. Elle constitue un véritable enjeu de santé publique et de responsabilité sociale.
Si certains adolescents y voient un moment de détente ou de convivialité, les professionnels insistent sur la nécessité de privilégier la prévention plutôt que la seule répression. Informer, sensibiliser et protéger les jeunes apparaît comme la meilleure réponse face à un phénomène dont les conséquences sanitaires peuvent se manifester plusieurs années après le début de la consommation.
Dans ce contexte, une mobilisation concertée des autorités, des familles, des éducateurs et de l’ensemble des acteurs de la société s’impose afin de préserver durablement la santé et l’avenir de la jeunesse guinéenne.
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