Amine Bassamba, Entre nostalgie d’une période faste et appel à un sursaut pour le football guinéen.
L’histoire du football guinéen est jalonnée de périodes qui continuent de marquer les esprits. Parmi elles, celle associée à Mamadou Antonio Souaré demeure, pour de nombreux observateurs, un chapitre particulièrement marquant. Une époque où le football national semblait avoir retrouvé ambition, visibilité et rayonnement sur la scène africaine.
Sous l’impulsion de l’homme d’affaires et mécène, le football guinéen avait connu une dynamique nouvelle, portée notamment par les investissements dans les clubs, les infrastructures et la promotion du championnat. Le Horoya AC, en particulier, s’était imposé comme l’un des représentants majeurs de la Guinée dans les compétitions africaines, contribuant à renforcer la visibilité du football national.
Cette période avait également favorisé l’attractivité du championnat guinéen. Des joueurs venus de différents pays africains avaient rejoint les clubs locaux, tandis que des techniciens étrangers de renom s’étaient intéressés au football guinéen. Des entraîneurs comme Patrice Neveu ou Victor Zvunka ont ainsi marqué cette période, aux côtés de plusieurs joueurs étrangers venus renforcer les équipes du championnat.
Au-delà des résultats sportifs, cette dynamique avait aussi une dimension médiatique. La diffusion des compétitions nationales et la présence accrue du football guinéen dans les médias sportifs avaient contribué à donner au championnat une visibilité plus importante. Pour une partie de la jeunesse africaine, la Guinée apparaissait alors comme une destination susceptible d’offrir des opportunités aux talents émergents.
Sur le plan continental, la présence de plusieurs clubs guinéens dans les compétitions de la CAF avait également nourri les ambitions nationales. Le Horoya AC, notamment, s’était régulièrement illustré sur la scène africaine, devenant un adversaire respecté par plusieurs grandes équipes du continent.
Cette progression reposait aussi sur des investissements importants dans les infrastructures sportives. Le complexe de Yorokoguiya, porté par Antonio Souaré, reste à ce titre l’un des symboles de cette volonté de doter le football guinéen d’installations modernes et adaptées aux ambitions affichées.
Mais aujourd’hui, le football guinéen traverse une période de turbulences qui suscite interrogations et inquiétudes. Les crises institutionnelles, les divergences entre acteurs et les difficultés de gouvernance alimentent le sentiment d’un recul par rapport aux ambitions affichées quelques années auparavant.
Face à cette situation, l’enjeu n’est pas nécessairement de reproduire à l’identique le passé, mais de tirer les enseignements des expériences qui ont fonctionné. Le football guinéen a besoin d’une gouvernance stable, d’une vision à long terme, d’investissements conséquents et surtout d’une capacité collective à placer l’intérêt du football au-dessus des querelles personnelles.
Le retour à une dynamique positive ne pourra être l’œuvre d’un seul homme. Il devra reposer sur la responsabilité de l’ensemble des acteurs : dirigeants, clubs, joueurs, entraîneurs, pouvoirs publics, partenaires privés et supporters.
L’expérience de l’ère Antonio Souaré rappelle toutefois une réalité essentielle : lorsqu’une vision, des moyens et une ambition nationale sont réunis autour du football, la Guinée peut prétendre à une place importante sur la scène africaine.
Il appartient désormais aux responsables du football guinéen de transformer les leçons du passé en perspectives d’avenir. Car au-delà des personnes et des querelles, c’est l’image et l’avenir du football guinéen qui sont en jeu.
Redonner au football guinéen sa place sur la scène africaine ne relève donc plus seulement de l’ambition : c’est devenu une nécessité.


