Il y a des souvenirs qui traversent les années sans jamais perdre leur saveur. Celui-ci remonte à juillet 2012. À l’époque, mon oncle paternel, Charles Morel, aujourd’hui patriarche de notre famille, avait 84 ans. Un matin, à peine arrivé au bureau, je l’ai trouvé devant ma porte, l’air pressé et particulièrement heureux.

Sans perdre de temps, il m’a pris par la main et m’a ordonné d’aller chercher mon appareil photo numérique. « Vite, il faut voir ça ! », semblait traduire son regard.

J’ai aussitôt foncé dans mon bureau, récupéré l’appareil et suis revenu vers lui. Avec un large sourire, il m’a lancé : « Ah, tu vas voir quelque chose de rare, ton site va me payer cher ! »

Nous avons alors avancé comme deux soldats en mission. Après quelques pas, il s’est arrêté, visiblement triomphant : « T’as jamais vu ça ?! »

Effectivement, je n’avais jamais été témoin d’une telle scène.

Entre cailloux, pierraille, petites pousses vertes et morceaux de bois morts, deux escargots étaient là, presque collés l’un à l’autre, reliés par une sorte de ligament blanc. Une scène pour le moins insolite, qui avait immédiatement éveillé la curiosité de mon oncle.

Un souvenir de biologie ressurgit

Face à cette découverte, mes souvenirs de cours de biologie au Lycée 2 Octobre ont aussitôt refait surface. Ce que peu de gens savent, j’y ai passé et obtenu mes deux baccalauréats, dans une série qui constituait alors l’une des voies d’accès aux études de médecine ou de pharmacie.

J’avais d’ailleurs, pendant un temps, rêvé de devenir « docteur », avant que la communication ne finisse par m’emporter vers un tout autre univers. Mais ça, c’est une autre histoire.

Revenons à nos escargots.

La scène observée ce jour-là m’avait replongé dans le chapitre consacré à la reproduction chez certaines espèces animales. L’escargot est un animal hermaphrodite : un même individu possède des organes reproducteurs mâles et femelles. Chez de nombreuses espèces terrestres, les fonctions reproductrices mâle et femelle ne sont toutefois pas pleinement matures au même moment.

Cette particularité n’empêche pas la reproduction croisée. Pour avoir une descendance, deux individus doivent généralement s’accoupler et échanger leurs cellules reproductrices.

Quand l’humidité favorise les rencontres

Dans les régions tropicales, notamment pendant les périodes d’hivernage, les conditions d’humidité et de fraîcheur sont particulièrement favorables à ces rencontres.

Après l’accouplement, les escargots pondent leurs œufs dans le sol. Ils creusent généralement un petit trou, y déposent leur ponte, puis recouvrent soigneusement l’endroit avant de poursuivre leur existence.

Ainsi, derrière ce que nous considérons souvent comme un simple animal lent et discret se cache un étonnant mécanisme de reproduction, fruit d’une longue adaptation au milieu naturel.

Quatorze ans plus tard… quatre escargots

À l’époque, mon oncle était particulièrement fier de sa « découverte ». Il savait que cette scène insolite pouvait être racontée et partagée grâce à la magie d’Internet avec des milliers de personnes.

Quatorze ans ont passé.

Nous étions en juillet 2012.

Et voilà que, mardi 1er septembre 2026, mon oncle Charles Morel, désormais âgé de plus de 98 ans, revient me voir avec un cadeau pour le moins original : quatre escargots, offerts en souvenir de cette scène qui nous avait réunis quatorze années plus tôt.

Comme quoi, certains souvenirs ne meurent jamais. Ils attendent simplement leur heure pour refaire surface.

Ce geste de mon oncle m’a profondément ému. Derrière ces quatre petits escargots se trouve une histoire familiale, un moment de complicité, un souvenir de jeunesse et surtout le témoignage d’un homme qui, malgré le poids des années, conserve intacte cette curiosité qui l’avait poussé, un matin de 2012, à venir me chercher pour me montrer « quelque chose de rare ».

« Attendre, c’est apprendre »

Il avait finalement raison, l’Oncle Charles, de m’attendre ce matin-là devant mon bureau.

Car attendre, c’est parfois apprendre. Apprendre à observer, à transmettre, à se souvenir… et surtout à mesurer le temps qui passe.

Quatorze ans après notre première rencontre avec ces petits gastéropodes, quatre nouveaux escargots viennent ainsi refermer — ou peut-être ouvrir — une belle boucle de notre histoire.

Ah, la vie !

À l’heure où nous célébrons ce nouveau chapitre, une seule prière nous vient à l’esprit : souhaitons à l’Oncle Charles Morel d’atteindre, au minimum, le cap symbolique des 100 ans.

Et pourquoi pas davantage ?

Après tout, lorsqu’on a encore des histoires à raconter et des escargots à offrir à plus de 98 ans, c’est que la vie a encore beaucoup de pages à écrire.

 

 

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