À l’occasion de la tournée de suivi et d’évaluation des juridictions et des services pénitentiaires conduite par le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, le procureur général près la Cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé, a dressé un bilan de cette visite ministérielle, tout en mettant en lumière les défis auxquels la justice reste confrontée dans son ressort. Renforcement des effectifs judiciaires, amélioration de l’accès à la justice, lutte contre la criminalité et exécution des décisions de justice ont notamment été au cœur de cet entretien.

Une visite ministérielle accueillie avec satisfaction

Pour le procureur général Marwane Baldé, la présence du Garde des Sceaux dans le ressort judiciaire de Kankan constitue une démarche importante pour le fonctionnement du service public de la justice. Il estime que cette visite répond à une attente des acteurs de la chaîne pénale et des justiciables.

« C’est un bilan positif que nous tirons de cette visite », a-t-il déclaré, soulignant que le contact direct entre les autorités judiciaires, le département de tutelle et les acteurs de terrain permet de mieux appréhender les réalités auxquelles les juridictions sont confrontées.

Au-delà de son caractère institutionnel, cette tournée représente, selon lui, une occasion de renforcer la motivation des magistrats et des autres professionnels de la justice, tout en consolidant la confiance des citoyens envers les institutions judiciaires.

Le procureur général souhaite d’ailleurs que ce type d’initiative soit pérennisé. À ses yeux, la présence du ministre sur le terrain contribue à mieux apprécier les conditions de travail des juridictions et à identifier les mesures nécessaires à l’amélioration de leurs performances.

Le renforcement des effectifs judiciaires, une priorité

Parmi les préoccupations soulevées figure le renforcement du personnel judiciaire, notamment dans le ressort de la Cour d’appel de Kankan. Marwane Baldé insiste également sur la nécessité d’accroître les capacités professionnelles des magistrats afin de leur permettre de répondre efficacement aux exigences de leurs missions.

L’une des difficultés majeures demeure toutefois l’éloignement géographique de certaines localités par rapport au siège de la Cour d’appel, établi à Kankan.

Le procureur général cite notamment les justiciables provenant de préfectures éloignées, dont certaines relèvent de la Guinée forestière, qui doivent parcourir de longues distances lorsqu’ils souhaitent exercer leur droit de recours devant la juridiction d’appel.

Cette situation peut représenter un obstacle matériel et financier pour les citoyens, au risque de décourager certains d’entre eux dans l’exercice de leurs droits.

Pour le magistrat, l’amélioration de l’accès à la justice passe donc aussi par une meilleure prise en compte des réalités territoriales et des difficultés rencontrées par les populations éloignées des juridictions.

Exécution des décisions de justice : près de 50 arrêts évoqués

L’effectivité des décisions judiciaires constitue un autre axe important de l’action du parquet général. Sur ce point, Marwane Baldé met en avant les efforts engagés depuis sa prise de fonction, intervenue moins d’un an avant l’entretien.

Selon ses déclarations, près de 50 arrêts ont été reçus et exécutés durant cette période, grâce notamment au travail de la commission chargée du suivi de l’exécution des décisions de justice.

« Aujourd’hui, les décisions de justice répondant aux critères d’exécution sont exécutées par la commission de suivi d’exécution des décisions de justice », explique-t-il.

Le procureur général affirme également sa volonté de veiller à l’application des décisions judiciaires afin de permettre aux bénéficiaires de jouir pleinement des droits qui leur sont reconnus, notamment en matière de propriété.

Il rappelle ainsi un principe fondamental : la justice est rendue au nom du peuple de Guinée et son autorité doit se traduire concrètement dans les faits.

Par ailleurs, il relève des évolutions dans la visibilité des institutions judiciaires à Kankan, avec une meilleure identification du Tribunal de première instance et de la Cour d’appel grâce à l’installation de panneaux signalétiques. Il mentionne également la présence d’un poste d’appui destiné à contribuer à la sécurité des acteurs de la chaîne pénale et des justiciables.

Lutte contre la criminalité : rigueur et coordination des acteurs

Face aux enjeux sécuritaires d’une ville comme Kankan, deuxième ville du pays selon l’intervieweur, le parquet général affirme avoir adopté des dispositions organisationnelles et stratégiques visant à renforcer la lutte contre la criminalité dans son ressort.

Ces mesures reposent notamment sur le suivi du fonctionnement des parquets d’instance, la discipline des officiers de police judiciaire et l’application rigoureuse des textes en vigueur.

« Nous veillons à l’application stricte de la loi, notamment le Code de procédure pénale, le Code pénal et les lois organiques y afférentes », souligne Marwane Baldé.

Le magistrat insiste également sur l’importance de la collaboration entre les institutions judiciaires et les services de sécurité, notamment la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Il salue, à cet égard, les relations de travail entretenues avec les autorités administratives, les collectivités locales, les services des eaux et forêts et les autres acteurs concernés.

Cette coordination est, selon lui, indispensable au bon fonctionnement de la chaîne pénale, à l’exécution des décisions judiciaires et à la protection des personnes et de leurs biens.

Le procureur général rappelle toutefois que l’efficacité de la justice repose avant tout sur le respect des lois de la République et sur la responsabilité de chaque acteur dans l’exercice de ses fonctions.

Rapprocher la justice des citoyens par l’écoute et l’information

Au-delà des moyens humains et matériels, Marwane Baldé place la relation entre la justice et les citoyens au centre de ses préoccupations.

Pour lui, le rapprochement de la justice avec les populations ne saurait se limiter à la présence physique des institutions. Il suppose également une disponibilité des magistrats, une écoute attentive des victimes et une prise en charge appropriée des préoccupations exprimées par les justiciables.

« C’est de s’approcher de la population, c’est d’informer la population du fonctionnement de la justice, de l’existence des lois de la République », affirme-t-il.

Le procureur général estime que la méconnaissance des textes juridiques peut constituer un obstacle à la prévention des infractions et à la compréhension du rôle des institutions judiciaires. Il plaide ainsi pour une meilleure information des citoyens sur leurs droits, leurs obligations et les voies de recours prévues par la loi.

Dans cette perspective, il invite les magistrats à ne pas se retrancher derrière les contraintes administratives, mais à rester attentifs aux réalités sociales et aux difficultés des populations.

L’objectif, insiste-t-il, est de faire de la justice un véritable service public, accessible, compréhensible et tourné vers la protection de la société.

Un appel à la confiance entre les citoyens et les institutions

En conclusion, Marwane Baldé adresse un message de confiance à la population de Kankan et, plus largement, aux citoyens relevant du ressort de la Cour d’appel.

Il les exhorte à collaborer avec les services de sécurité et à considérer la Police nationale et la Gendarmerie nationale comme des institutions investies d’une mission de protection des personnes et de leurs biens.

« L’État n’est pas contre eux. L’État n’est qu’un instrument de protection pour la population de Kankan », rappelle-t-il.

Le procureur général invite également les citoyens à signaler les situations préoccupantes et à entretenir des relations de collaboration avec les autorités compétentes, dans le respect des lois et des règles qui organisent la vie collective.

Pour sa part, le ministère public, affirme-t-il, a pour mission de veiller à la protection de la société dans son ensemble, tout en garantissant le respect de la légalité.

À travers cet entretien, le procureur général près la Cour d’appel de Kankan met en évidence les principaux enjeux de son ressort : renforcer les effectifs, réduire les obstacles à l’accès à la justice, assurer l’exécution des décisions judiciaires, lutter contre la criminalité et consolider la confiance entre les citoyens et les institutions. Autant de défis qui rappellent que l’efficacité de la justice se mesure non seulement aux décisions rendues, mais également à leur exécution et à la capacité des citoyens à faire valoir leurs droits.

 

 

Par, Ousmane Bony Sylla