À l’occasion de la visite de terrain du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, dans le ressort territorial de la Cour d’appel de Kankan, le Premier président de cette juridiction, Pierre Lamah, a présenté les acquis enregistrés par son institution, les difficultés qui entravent son fonctionnement ainsi que plusieurs recommandations visant à améliorer l’administration de la justice en Guinée.
Dans son allocution de bienvenue, prononcée devant le ministre et sa délégation, les responsables judiciaires, les auxiliaires de justice et les autorités administratives, civiles et militaires, Pierre Lamah a exprimé sa satisfaction d’accueillir le Garde des Sceaux dans la cité de Nabaya.
Il a salué une visite qu’il considère comme une occasion importante de dialogue entre l’administration centrale et les acteurs judiciaires de l’intérieur du pays. Selon lui, cette démarche permettra de mieux cerner les réalités du terrain, de corriger les insuffisances constatées et de consolider les acquis du système judiciaire.
Des résultats enregistrés malgré les contraintes
Présentant le bilan des activités de la Cour d’appel de Kankan, le Premier président a indiqué que, de janvier à septembre 2026, la juridiction avait reçu 379 dossiers, toutes procédures confondues, dont 238 avaient été jugés.
Il a également évoqué plusieurs efforts réalisés pour améliorer les conditions de travail, notamment le renouvellement du mobilier de bureau du Premier président et du Procureur général, ainsi que la dotation de la Cour d’appel d’un groupe électrogène de 100 KVA par le ministère de la Justice.
Pierre Lamah a également mis en avant l’installation d’enseignes permettant une meilleure identification de la juridiction, la revalorisation du traitement des femmes chargées du nettoyage et la tenue hebdomadaire des audiences criminelles, rendue possible grâce à l’appui de deux avocats, Me Ibrahima Kalil Kanté et Me Mory Koné.
À ces acquis s’ajoutent les déplacements de travail effectués par le Premier président dans plusieurs juridictions relevant de son ressort, dans le but de s’informer directement de leurs conditions de fonctionnement.
Un manque de magistrats et de greffiers
Malgré ces avancées, le Premier président de la Cour d’appel de Kankan a attiré l’attention du ministre sur plusieurs difficultés structurelles qui affectent le fonctionnement de son institution.
Parmi les principales contraintes figurent l’insuffisance des chambres correctionnelles, le manque de conseillers et le déficit de greffiers. Selon les données présentées, seuls trois conseillers sont disponibles pour faire fonctionner sept chambres, tandis que la juridiction ne compte que cinq greffiers pour quinze magistrats.
Il a également signalé le gel des salaires de trois agents d’appui par le ministère de la Fonction publique, ainsi que les difficultés rencontrées par certains justiciables pour assurer le suivi de leurs procédures en appel, en raison de l’éloignement géographique de la Cour et du manque de moyens financiers.
Ces contraintes, a-t-il expliqué, compliquent l’accès à la justice et appellent des mesures adaptées pour garantir un meilleur fonctionnement des juridictions.
Des dysfonctionnements relevés dans les juridictions du ressort
Au-delà des difficultés propres à la Cour d’appel, Pierre Lamah a également évoqué certains dysfonctionnements observés dans les juridictions placées sous son contrôle.
Il a notamment mentionné les absences non autorisées de certains chefs de juridiction, les retards ou refus de rédaction de décisions de justice avant leur prononcé, ainsi que des difficultés liées au respect de l’autorité hiérarchique.
Le Premier président a aussi relevé des insuffisances en matière de management dans certaines juridictions et des préoccupations concernant la fixation des frais de transport judiciaire.
Ces observations, présentées au ministre, soulignent la nécessité de renforcer la discipline professionnelle, la responsabilité des chefs de juridiction et le suivi administratif des services judiciaires.
La création d’une Cour d’appel à N’Zérékoré proposée
Pour remédier aux difficultés soulevées, le Premier président a soumis plusieurs recommandations à l’attention du Garde des Sceaux.
La proposition phare concerne la création d’une Cour d’appel à N’Zérékoré. Selon Pierre Lamah, cette nouvelle juridiction permettrait de rapprocher la justice des populations de la région forestière et de réduire les contraintes liées aux déplacements vers Kankan pour le traitement des procédures en appel.
Il a également plaidé pour l’augmentation du nombre de chambres correctionnelles, le renforcement des effectifs de conseillers et de greffiers, ainsi qu’une meilleure adaptation des formations continues aux besoins réels des magistrats et des greffiers.
Dans cette perspective, il a souhaité que le Centre de formation judiciaire associe davantage les premiers présidents des cours d’appel et les procureurs généraux à la désignation des magistrats de leurs ressorts appelés à participer aux sessions de formation.
Un engagement renouvelé au service des justiciables
En conclusion, Pierre Lamah a exprimé sa reconnaissance au ministre Ibrahima Sory II Tounkara pour cette visite de terrain, qu’il considère comme une source de motivation pour les acteurs judiciaires.
Il a réaffirmé l’engagement du personnel de la Cour d’appel de Kankan à poursuivre sa mission avec abnégation, diligence et rigueur, dans le respect des compétences professionnelles et des exigences d’une distribution juste et équitable de la justice.
Cette étape de la tournée ministérielle aura ainsi permis de mettre en lumière les réalités de la Cour d’appel de Kankan, entre efforts de modernisation, contraintes en ressources humaines et besoins d’amélioration de l’accès à la justice. Les recommandations formulées constituent désormais des points d’attention pour les autorités judiciaires dans la recherche de solutions adaptées aux défis du ressort.
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