La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) ouvre une nouvelle page de son histoire. Mamadou Saliou Diakité a officiellement pris fonction ce mercredi 28 octobre, succédant à Francis Kova Zoumanigui, qui dirigeait cette juridiction spécialisée depuis janvier 2024. La cérémonie de passation de service, présidée par Sékou Ibrahima Soumah, inspecteur général des services judiciaires et pénitentiaires au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, a été marquée par un appel à la moralisation des finances publiques, au renforcement de l’efficacité judiciaire et au strict respect des garanties du procès pénal.
La cérémonie a réuni des magistrats, des membres du personnel de la CRIEF, des collaborateurs ainsi que plusieurs invités. Au-delà du changement de direction, cette passation a permis de dresser le bilan de la présidence sortante et de mettre en lumière les défis qui attendent le nouveau responsable d’une institution placée au cœur de la lutte contre la corruption et les infractions économiques et financières en Guinée.
La moralisation des finances publiques, une exigence fondamentale
Dans son intervention, l’inspecteur général des services judiciaires et pénitentiaires, Sékou Ibrahima Soumah, a rappelé la vocation première de la CRIEF : contribuer à une gestion plus rigoureuse des ressources publiques et lutter contre les pratiques susceptibles de compromettre le développement du pays.
Insistant sur la responsabilité des magistrats de cette juridiction, il a souligné que la lutte contre les infractions économiques et financières ne saurait se transformer en instrument de règlement de comptes. La CRIEF, a-t-il rappelé, doit demeurer une institution au service de l’intérêt général et de la protection des deniers publics.
Ce rappel intervient dans un contexte où les attentes des citoyens en matière de transparence, de redevabilité et d’efficacité de l’action publique restent particulièrement fortes. Pour la juridiction, l’enjeu consiste ainsi à concilier la fermeté face aux infractions économiques avec l’indépendance de la justice et le respect des droits de chaque justiciable.
Francis Kova Zoumanigui dresse le bilan de son mandat
Prenant congé de ses fonctions, Francis Kova Zoumanigui a livré un bilan de son passage à la tête de la CRIEF, marqué, selon lui, par plusieurs initiatives destinées à renforcer les capacités des acteurs judiciaires, à moderniser les outils de travail et à améliorer les conditions de fonctionnement de la cour.
Revenant sur sa prise de fonction, le 17 janvier 2024, le président sortant a rappelé le caractère particulier de cette juridiction, dont les décisions et les procédures touchent directement à la protection des ressources publiques et à la confiance des citoyens dans l’administration de la justice.
Durant son mandat, plusieurs démarches ont été engagées auprès de partenaires techniques et financiers afin de développer les compétences des magistrats et du personnel judiciaire. Les domaines concernés comprennent notamment l’investigation financière, la criminalité numérique, l’entraide pénale internationale et le renseignement financier.
Le président sortant a également mis en avant les initiatives soutenues dans le cadre du Projet d’appui à la modernisation de la gestion économique et financière en Guinée (PAMGEF), financé par la Banque africaine de développement. Ces actions portent notamment sur la formation du personnel, l’élaboration d’un manuel de procédures administratives et financières, la gestion électronique des documents et l’acquisition d’équipements informatiques.
À ces avancées s’ajoutent les travaux de réhabilitation des locaux de la CRIEF, réalisés entre 2024 et le premier semestre 2025 avec l’appui de partenaires, notamment la Banque mondiale et l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES).
Toutefois, Francis Kova Zoumanigui a reconnu que plusieurs chantiers demeurent inachevés, notamment la mise en place d’un système intégré de gestion des activités judiciaires. La modernisation de la cour nécessite donc, selon les orientations présentées lors de la passation, un suivi plus soutenu et la transformation des initiatives engagées en résultats concrets.
Des défis opérationnels encore importants
Parmi les difficultés relevées par le président sortant figure l’absence d’organisation d’audiences foraines durant son mandat, malgré les démarches entreprises pour obtenir les crédits nécessaires.
Il a recommandé à son successeur de travailler étroitement avec les services budgétaires et financiers afin de vérifier la disponibilité des ressources et d’assurer une programmation réaliste des activités. Pour les exercices à venir, il préconise une planification annuelle tenant compte des besoins judiciaires, des moyens logistiques et des crédits effectivement mobilisables.
La sécurisation des locaux et des données judiciaires constitue également une priorité. Francis Kova Zoumanigui a notamment évoqué le vol d’ordinateurs au parquet, soulignant la nécessité de renforcer les dispositifs de protection du matériel informatique et des informations sensibles.
D’autres chantiers restent à poursuivre, dont la digitalisation des dossiers, l’amélioration des outils de travail et l’aménagement d’un espace destiné aux avocats.
Sur le plan de la coopération internationale, le président sortant a par ailleurs fait état d’une demande adressée au secrétariat général d’Interpol en vue de l’organisation, en décembre 2026, d’une mission d’immersion destinée à renforcer la maîtrise des mécanismes de coopération policière, des bases de données et des outils de traçage des avoirs.
Francis Kova Zoumanigui a également rappelé certaines décisions rendues par la CRIEF, citant notamment une affaire jugée en mai 2025 ayant donné lieu à une peine de cinq ans d’emprisonnement, à une amende de cinq milliards de francs guinéens, à la restitution de 10,5 millions de dollars américains et à la confiscation de biens immobiliers situés à Conakry et à l’intérieur du pays.
Pour lui, la priorité consiste désormais à consolider les acquis, à corriger les insuffisances et à faire en sorte que les projets annoncés produisent des effets tangibles sur la qualité du service public de la justice financière.
Mamadou Saliou Diakité mise sur la continuité et la modernisation
Désormais à la tête de la CRIEF, Mamadou Saliou Diakité a exprimé sa volonté de préserver les acquis de son prédécesseur tout en donnant une nouvelle impulsion au fonctionnement de la juridiction.
Le nouveau président a assuré qu’il entendait assumer ses responsabilités au service du peuple de Guinée et poursuivre les efforts engagés pour renforcer l’efficacité de la justice économique et financière.
« Les hommes passent, les institutions demeurent », a-t-il rappelé, en affirmant sa détermination à préserver et à fructifier l’héritage institutionnel qui lui est transmis.
Mamadou Saliou Diakité a également salué la confiance placée en lui par les autorités et adressé ses remerciements au procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, absent du pays au moment de la cérémonie.
Il a annoncé sa volonté de privilégier une collaboration constructive avec le parquet, tout en veillant au respect de la distinction entre les magistrats du siège, chargés de juger, et ceux du ministère public, investis des missions de poursuite et de représentation des intérêts de la société.
Sur le fond, le nouveau responsable a réaffirmé que la lutte contre la corruption et les infractions assimilées constitue un impératif pour le développement national. Selon lui, les atteintes à la gestion des ressources publiques peuvent compromettre l’efficacité des politiques publiques et priver les citoyens des bénéfices attendus de la richesse nationale.
Il entend ainsi promouvoir une justice moderne, transparente et équitable, rendue dans des délais raisonnables et dans le respect des principes fondamentaux du procès pénal.
Entre fermeté judiciaire et respect des droits des justiciables
La prise de fonction de Mamadou Saliou Diakité intervient à un moment où la CRIEF est appelée à consolider sa crédibilité institutionnelle. Si la lutte contre les infractions économiques et financières demeure au centre de sa mission, son efficacité dépend également de la régularité des procédures, de l’impartialité des décisions et de la protection des droits de la défense.
Le nouveau président devra donc relever plusieurs défis : renforcer les compétences des acteurs judiciaires, accélérer la modernisation des outils de travail, sécuriser les données, améliorer les conditions d’exercice des professions judiciaires et concrétiser les audiences foraines.
La mobilisation des magistrats, des greffiers, du personnel d’appui, des avocats, des huissiers, des notaires et des partenaires nationaux et internationaux sera déterminante pour atteindre ces objectifs.
La cérémonie s’est achevée par la remise officielle des attributs de fonction au nouveau président, consacrant ainsi le passage de témoin à la tête de cette juridiction spécialisée.
Au-delà du changement de leadership, l’enjeu est désormais de traduire les engagements en actes mesurables. Pour Mamadou Saliou Diakité, le défi sera de faire de la CRIEF une institution à la fois rigoureuse dans la répression des infractions économiques et irréprochable dans l’application des règles de droit. C’est à cette double exigence que se mesurera la confiance des citoyens dans la justice financière guinéenne.
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