Conakry, 22 avril 2026 — Alors que certains titres de presse évoquent une supposée « pression » exercée par la Cour pénale internationale sur la République de Guinée, plusieurs éléments factuels invitent à nuancer, voire à corriger cette lecture. La relation entre Guinée et la juridiction internationale s’inscrit avant tout dans un cadre de coopération, conformément aux engagements internationaux librement consentis par l’État guinéen.
Une coopération encadrée par le droit international
Depuis son adhésion au Statut de Rome le 14 juillet 2003, la Guinée reconnaît la compétence de la CPI pour les crimes les plus graves. Cette adhésion implique une collaboration avec la Cour, fondée sur un principe essentiel : la complémentarité. En d’autres termes, la justice nationale demeure prioritaire pour juger les crimes relevant de sa compétence, la CPI n’intervenant qu’en cas de défaillance avérée.
Dans ce contexte, il est inexact de parler de « pression ». La CPI, à travers ses communications officielles, encourage plutôt les États parties à intensifier leurs efforts pour lutter contre l’impunité, notamment en menant à terme les procédures judiciaires engagées.
Le dossier du 28 septembre 2009 sous suivi international
L’ouverture d’un examen préliminaire par le Bureau du Procureur de la CPI, le 14 octobre 2009, à la suite des événements tragiques du 28 septembre 2009 à Conakry, s’inscrit dans cette logique de suivi. Depuis lors, la Cour effectue des missions régulières pour évaluer l’évolution des procédures nationales.
La récente visite du Procureur adjoint, Mame Mandiaye Niang, en avril 2026, illustre cette dynamique. L’objectif affiché n’est pas de contraindre, mais de constater les avancées et de réaffirmer l’importance de rendre justice aux victimes dans un délai raisonnable.
Une responsabilité assumée par l’État guinéen
Les autorités guinéennes, sous la conduite du ministère de la Justice, ont engagé un processus judiciaire national visant à juger les responsables présumés. Le procès des événements du 28 septembre constitue, à ce titre, un test majeur pour la capacité du système judiciaire guinéen à traiter des crimes complexes en toute indépendance.
Il convient de souligner que ce procès est organisé par la Guinée elle-même, sans intervention directe de la CPI, ce qui témoigne d’une volonté d’assumer pleinement ses responsabilités souveraines.
Appel à la rigueur dans le traitement de l’information
Face à ces réalités, certains observateurs expriment leur préoccupation quant au traitement médiatique du dossier. L’usage récurrent du terme « pression » pour qualifier les relations entre la Guinée et la CPI est jugé inapproprié et susceptible d’induire l’opinion publique en erreur.
Dans un contexte marqué par des efforts de réforme du système judiciaire, de lutte contre l’impunité, la corruption et la criminalité, la rigueur dans le traitement de l’information apparaît essentielle. La Guinée, engagée dans un processus de transition et de réformes institutionnelles, cherche à consolider l’État de droit et à rassurer ses partenaires ainsi que les investisseurs.
Une dynamique à consolider
Au-delà des perceptions, la coopération entre la Guinée et la CPI reste un levier important pour renforcer la justice et garantir que les crimes graves ne restent pas impunis. Cette relation, basée sur le dialogue et le respect mutuel, mérite d’être comprise dans toute sa complexité, loin des raccourcis médiatiques.
En définitive, plutôt qu’une pression, c’est un accompagnement dans le respect des engagements internationaux qui caractérise les rapports entre la Guinée et la CPI. Un rappel utile à l’endroit des professionnels de l’information, appelés à privilégier l’exactitude et la responsabilité dans leurs analyses.

À retenir : la République de Guinée a financé l’intégralité du procès des événements du 28 septembre 2009 (phase 1), ainsi que la deuxième phase en cours avec Bienvenue Lamah. Elle a également financé le processus de réparation de toutes les victimes.

Par, Ousmane Bony Sylla