Avec la disparition de Sidya Touré, la Guinée perd une figure majeure de son histoire contemporaine, un homme d’État et un serviteur de la Nation. Pour ma famille et moi, cette disparition revêt toutefois une dimension particulière : Sidya Touré était aussi l’ami, le condisciple et, à bien des égards, le frère de mon père, Aboubacar Somparé.
Leur amitié, ancienne et profonde, remontait bien avant les responsabilités politiques qu’ils allaient exercer au service de la Guinée. Cette relation personnelle a d’ailleurs été évoquée dans plusieurs témoignages publiés à l’occasion de la disparition de mon père.
En cette période de deuil, il me paraît également important de rappeler une page de notre histoire nationale qui, avec le temps, a parfois été rapportée de différentes manières.
En 1996, mon père, Aboubacar Somparé, avait proposé et recommandé son ami Sidya Touré au président Lansana Conté. La Guinée traversait alors une période particulièrement difficile. La mutinerie des 2 et 3 février 1996 avait profondément marqué le pays, tandis que la situation économique nécessitait des réponses urgentes et structurées.
Connaissant personnellement Sidya Touré, mais surtout ses qualités, son expérience d’économiste et son parcours professionnel en Côte d’Ivoire, mon père était convaincu qu’il pouvait mettre son expertise au service de la Guinée. Il choisit ainsi de recommander son ami auprès du président Lansana Conté.
Le 9 juillet 1996, Sidya Touré était nommé Premier ministre de la République de Guinée. Il déclarait alors que sa mission serait « essentiellement d’ordre économique ». S’ouvrit ainsi une période marquée par d’importantes réformes économiques et administratives, qui demeure une séquence significative de l’histoire récente de la Guinée.
Si je rappelle cet épisode aujourd’hui, ce n’est pas pour attribuer à mon père un mérite qu’il n’a jamais revendiqué. Il s’agit plutôt de restituer une dimension humaine de l’histoire : celle d’une amitié qui, à un moment important de la vie nationale, s’est mise au service de l’intérêt général.
L’histoire retiendra les fonctions exercées par les deux hommes, leurs engagements, leurs réussites, mais aussi les débats et controverses qui ont accompagné leurs longues carrières publiques. Pour ma part, en tant que fils et témoin de cette histoire familiale, je retiens surtout deux hommes liés par l’amitié, la confiance et une certaine idée de la Guinée.
Une pensée particulière m’habite ce soir : mon père nous a quittés en 2017. Sidya Touré le rejoint aujourd’hui.
Puisse Dieu accueillir Sidya Touré dans Son infinie miséricorde, accorder à sa famille et à ses proches la force de traverser cette douloureuse épreuve et permettre à la Guinée de préserver la mémoire de celles et ceux qui ont contribué à son histoire.
Adieu, Monsieur le Premier ministre.
Adieu, l’ami et le frère de mon père.
Que la terre de Guinée vous soit légère.
Aboubacar Somparé, ancien ministre


