Conakry, 24 juin 2026 – La République de Guinée a rendu un ultime hommage au Professeur Maurice Togba Zogbélémou, figure emblématique du monde juridique, universitaire et institutionnel guinéen. À cette occasion, le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Guinée, Maître Mamadou Souaré Diop, a prononcé un éloge funèbre empreint d’émotion, de respect et de reconnaissance, retraçant le parcours exceptionnel de celui qu’il a qualifié de « bibliothèque vivante » et de « conscience juridique de la Nation ».
Devant un parterre composé des plus hautes autorités de l’État, de magistrats, d’universitaires, d’avocats et de nombreux proches du défunt, le Bâtonnier a souligné la perte immense que représente la disparition du Professeur Maurice Togba Zogbélémou pour la Guinée.
« La République perd un serviteur d’exception, l’Université perd un maître, la Justice perd un bâtisseur, le Barreau perd un guide et la Guinée perd l’un de ses plus dignes fils », a-t-il déclaré.
Né le 1er janvier 1947 à Kéréma, dans la préfecture de N’Zérékoré, Maurice Togba Zogbélémou a construit son destin à force de travail et de persévérance. Après avoir exercé comme instituteur dans les villages de Yomou dès l’âge de 17 ans, il reprend ses études en Côte d’Ivoire avant d’entamer un brillant parcours universitaire qui le conduira jusqu’au doctorat d’État en droit obtenu en France avec la mention très honorable.
L’année 1987 marque un tournant historique dans sa carrière. Il devient le premier Guinéen agrégé de droit public et de science politique du CAMES, en terminant major du prestigieux concours africain. Une consécration qui fera de lui l’une des plus grandes références du droit public sur le continent.
Professeur respecté, formateur de plusieurs générations de juristes, magistrats et administrateurs, Maurice Togba Zogbélémou a consacré sa vie à la transmission du savoir. Selon le Bâtonnier, son enseignement était davantage qu’une profession : « une mission, une vocation, un sacerdoce ».
Inscrit au Barreau d’Abidjan en 1988 puis au Barreau de Guinée en 1995, il s’est également illustré par son engagement au sein de la profession d’avocat. Son expertise, sa rigueur intellectuelle et son attachement aux valeurs d’indépendance, de probité et de dignité ont fait de lui un modèle pour plusieurs générations de praticiens du droit.
Au-delà de l’université et du barreau, le Professeur Zogbélémou a servi l’État à de hautes responsabilités. Nommé Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, en juillet 1996, il a contribué à d’importantes réformes visant à moderniser l’appareil judiciaire et à renforcer l’accès à la justice. Son action a également été déterminante dans le processus ayant conduit à la ratification du Traité OHADA par la Guinée, ouvrant ainsi une nouvelle ère de sécurité juridique et d’intégration économique.
Même après son passage au gouvernement, il poursuivra son engagement au service de la Nation comme arbitre international, député, membre du Conseil économique et social, membre du Conseil national de la transition et administrateur de plusieurs institutions nationales.
Dans son hommage, Maître Mamadou Souaré Diop a insisté sur l’héritage durable laissé par le défunt. « La mort met fin à une vie. Elle ne met jamais fin à une œuvre », a-t-il affirmé, soulignant que les enseignements, les écrits et les réformes portés par le Professeur Maurice Togba Zogbélémou continueront d’inspirer les générations futures.
Alors que sa dépouille s’apprête à rejoindre Kéréma, son village natal, pour son inhumation, l’émotion reste vive au sein de la communauté juridique et universitaire. Pour beaucoup, ce retour aux sources symbolise l’ultime voyage d’un homme qui, après avoir porté haut les couleurs de la Guinée dans les universités, les institutions et les prétoires, retrouve la terre qui l’a vu naître.
À travers cet hommage solennel, le Barreau de Guinée, la Justice, l’Université et l’ensemble de la Nation ont salué la mémoire d’un homme dont la vie fut consacrée au savoir, au droit, à la justice et au service public.
Le Professeur Maurice Togba Zogbélémou laisse derrière lui un héritage intellectuel et institutionnel considérable, ainsi qu’un modèle d’excellence qui continuera d’éclairer le droit guinéen pour les générations à venir.
Ousmane Bony Sylla




