En marge de la visite de terrain du garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, le président du Tribunal de première instance (TPI) de Kankan, Mamoudou Aliou Diakité, s’est exprimé sur le fonctionnement de sa juridiction, les résultats enregistrés depuis sa prise de fonction, les difficultés rencontrées et les perspectives d’amélioration du service public de la justice.


Dans cet entretien, le magistrat a notamment insisté sur la cohésion entre les différents services du tribunal, la réduction des délais de traitement des dossiers et la nécessité de renforcer les capacités des acteurs judiciaires.
Une collaboration étroite entre les services judiciaires
D’entrée de jeu, Mamoudou Aliou Diakité a exprimé sa reconnaissance aux plus hautes autorités du pays, notamment au chef de l’État, pour sa nomination à la tête de cette juridiction, sur proposition du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme.
Revenant sur ses premiers mois d’exercice, il a souligné l’importance de la cohésion entre les différents acteurs judiciaires, notamment le siège, le parquet et le greffe.
« La force d’un service, c’est l’osmose, c’est l’entente entre ceux qui le composent », a-t-il expliqué, estimant que la bonne collaboration entre les équipes constitue un facteur essentiel pour assurer le bon fonctionnement du tribunal.


Selon lui, cette dynamique se traduit également par le suivi des dossiers civils, dont le répertoire général comptait près de 200 dossiers au moment de l’entretien.
Près de 30 dossiers examinés lors de la première session criminelle
Sur le plan pénal, le président du TPI de Kankan a évoqué la tenue de la première session criminelle organisée depuis sa prise de fonction. Cette session, préparée en collaboration avec le procureur de la République, a permis de faire l’état des lieux des dossiers en attente, tant en matière correctionnelle que criminelle.
« En un temps record, nous avons pu évacuer, au cours de notre première session criminelle, plus d’une vingtaine de dossiers, près de 30 d’ailleurs », a-t-il indiqué.
Pour le magistrat, ce résultat illustre les efforts déployés par les acteurs judiciaires pour résorber les dossiers en instance et améliorer le traitement des affaires soumises à la juridiction.
Il a toutefois reconnu que l’exercice de la fonction judiciaire comporte des difficultés, soulignant que les responsables des juridictions doivent également rechercher des solutions pratiques pour garantir la tenue régulière des audiences, notamment en matière criminelle.
Célérité judiciaire et respect des droits de la défense.
Abordant la question des délais de traitement, Mamoudou Aliou Diakité a précisé que le nombre de dossiers examinés varie selon la nature des audiences. Un rôle civil peut ainsi comporter plus de 20 dossiers, tandis qu’une audience correctionnelle peut en compter une quinzaine.
Le président du tribunal a néanmoins tenu à rappeler que la célérité ne doit jamais se faire au détriment des garanties fondamentales accordées aux justiciables.
« La célérité ne veut pas forcément dire vitesse », a-t-il fait observer, insistant sur la nécessité de concilier l’efficacité du service judiciaire avec le respect des droits des parties, notamment celui de toute personne poursuivie à présenter sa défense.
Cette approche, a-t-il expliqué, demeure essentielle pour assurer une justice rendue dans des conditions conformes aux dispositions légales.


Trois à quatre compositions pour rapprocher la justice des citoyens
Concernant l’accès à la justice, le président du TPI de Kankan a mis en avant l’organisation interne de sa juridiction, qui dispose de trois à quatre compositions d’audience permettant de traiter les dossiers tout au long de la semaine.
À côté de la composition qu’il préside, d’autres magistrats assurent également des audiences, avec l’appui des substituts du procureur de la République. Le juge des enfants intervient, pour sa part, dans le traitement des affaires concernant les mineurs, en collaboration avec le substitut chargé de cette matière.
Pour Mamoudou Aliou Diakité, cette organisation permet d’assurer une prise en charge des dossiers civils, correctionnels et des affaires impliquant des mineurs.
Il a également souligné l’importance d’informer les citoyens sur leurs droits, estimant qu’une meilleure connaissance de ceux-ci favorise leur exercice et leur défense devant les institutions judiciaires.
La visite du ministre, une occasion de présenter les acquis et les besoins
La visite du garde des Sceaux, Ibrahima Sory II Tounkara, suscite, selon le président du tribunal, un sentiment de satisfaction et constitue une opportunité d’échanges directs avec le premier responsable du département.
Cette rencontre doit permettre de présenter les activités menées depuis sa prise de fonction, mais également d’exposer les attentes de la juridiction en matière de redynamisation de l’appareil judiciaire et de renforcement des capacités des acteurs de la chaîne pénale.
Les besoins évoqués concernent notamment les magistrats, les greffiers et l’ensemble du personnel intervenant dans le fonctionnement des juridictions.


Le président du TPI de Kankan a ainsi exprimé son souhait de bénéficier des orientations du ministre afin de poursuivre les efforts engagés au service des justiciables.
Une évaluation fondée sur les résultats
Invité à attribuer une note à sa juridiction en matière de célérité dans le traitement des affaires civiles et pénales, Mamoudou Aliou Diakité a préféré laisser l’appréciation aux observateurs extérieurs.
« Il est très difficile de se juger soi-même », a-t-il déclaré, affirmant que lui-même, le parquet, le greffe et l’ensemble du personnel s’emploient à accomplir leurs missions conformément aux dispositions légales.
Pour le président du Tribunal de première instance de Kankan, les statistiques et les résultats obtenus doivent permettre d’apprécier objectivement le travail accompli.
À travers cet entretien, le magistrat réaffirme ainsi l’importance de la collaboration institutionnelle, du respect des droits de la défense et de l’amélioration continue du service public de la justice, avec pour finalité de rendre la justice au nom du peuple de Guinée.

Entretien, par Ousmane Bony Sylla