À l’occasion du mois consacré aux droits des femmes, la magistrate Joséphine Loly Tinguiano, Avocate générale près la Cour d’Appel de Conakry et membre du Conseil supérieur de la magistrature, s’est exprimée sur la prise en charge des affaires impliquant les femmes et les jeunes filles par la justice guinéenne. Dans un entretien accordé à la presse, elle a mis en lumière à la fois les progrès réalisés ces dernières années et les défis qui restent à relever pour garantir une protection efficace des droits des femmes.

Un cadre juridique protecteur des droits des femmes

Selon la magistrate, la Guinée dispose aujourd’hui d’un arsenal juridique important visant à protéger les femmes et les jeunes filles contre toutes les formes de discrimination et de violences. Elle rappelle que la Constitution de la République de Guinée consacre le principe d’égalité entre tous les citoyens.

« La Constitution garantit l’égalité en dignité et en droits entre tous les êtres humains et interdit toute forme de discrimination », a-t-elle expliqué.

Au-delà de la Constitution, plusieurs textes renforcent cette protection, notamment le Code civil guinéen, qui encadre les questions liées à la famille et au mariage, ainsi que le Code pénal guinéen, qui réprime les violences basées sur le genre. Ces infractions incluent notamment le viol, les coups et blessures volontaires, ainsi que les violences conjugales.

Par ailleurs, la Guinée a également ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, renforçant ainsi son engagement en faveur de la promotion et de la protection des droits des femmes.

Des progrès institutionnels dans la lutte contre les violences

La magistrate souligne également les avancées institutionnelles enregistrées ces dernières années. Parmi celles-ci figurent la mise en place de structures spécialisées destinées à mieux prendre en charge les victimes de violences basées sur le genre.

Elle cite notamment l’action de l’Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs ainsi que la création de brigades spécialisées pour la protection des personnes vulnérables. Des juridictions spécifiques, comme le Tribunal pour enfants, ont également été instituées afin de traiter les affaires impliquant les mineurs, y compris les jeunes filles victimes de violences.

Ces dispositifs contribuent, selon elle, à améliorer la répression des infractions liées aux violences sexuelles et aux discriminations.

L’importance du recours en appel

Évoquant le rôle du mécanisme d’appel dans la protection des droits des femmes, Joséphine Loly Tinguiano rappelle que la législation guinéenne permet aux justiciables de contester une décision rendue en première instance.

Le recours en appel, prévu par les dispositions du Code de procédure pénale guinéen, permet ainsi de réexaminer les décisions judiciaires lorsqu’une partie estime que justice n’a pas été pleinement rendue.

« Lorsqu’une femme ou une jeune fille n’est pas satisfaite d’une décision rendue en première instance, elle a la possibilité d’exercer un recours afin que l’affaire soit réexaminée par la juridiction d’appel », a-t-elle expliqué.

Des défis encore à relever

Malgré les progrès réalisés, la magistrate estime que plusieurs défis persistent, notamment en matière d’accès équitable à la justice. Elle plaide notamment pour un renforcement de la Direction nationale de l’aide juridictionnelle, afin de permettre aux femmes, en particulier les plus vulnérables, de bénéficier plus facilement d’un accompagnement juridique.

Selon elle, cette structure gagnerait à être davantage dotée en ressources humaines et financières, avec un budget autonome lui permettant de mener efficacement sa mission de promotion et de protection des droits.

Un message d’encouragement aux jeunes filles

Profitant de cette tribune, l’Avocate générale a également adressé un message d’encouragement aux femmes et aux jeunes filles guinéennes. Elle les invite à croire en leurs capacités, à poursuivre leurs études et à développer leurs talents afin de contribuer pleinement au développement du pays.

« Femmes et jeunes filles de Guinée, vous avez les compétences et les talents nécessaires pour réussir. Formez-vous, persévérez et sachez que l’avenir du pays repose également sur votre engagement », a-t-elle déclaré.

Pour la magistrate, la promotion des droits des femmes constitue un levier essentiel pour le développement durable et l’avenir de la Guinée.