Le Tribunal de Première Instance de Dixinn a servi de cadre, ce jour mercredi 26 février 2026, à une visite de prise de contact hautement symbolique et stratégique du Ibrahima Sory II Tounkara, Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Cette immersion institutionnelle s’inscrit dans la dynamique de proximité engagée par le Chef du département de la Justice, visant à renforcer le dialogue direct avec les juridictions, évaluer leurs réalités quotidiennes et impulser une gouvernance judiciaire plus efficace, rigoureuse et respectueuse des droits humains.
La délégation ministérielle comprenait notamment la Secrétaire générale du Ministère, le Chef de Cabinet, ainsi que plusieurs hauts cadres. Magistrats, personnels judiciaires et pénitentiaires du ressort de Dixinn ont réservé un accueil solennel au Ministre, dans une atmosphère à la fois empreinte d’émotion, de reconnaissance et d’attentes fortes.
Un discours d’ouverture chargé de symboles
Prenant la parole en premier, le Président du Tribunal de Première Instance de Dixinn, Aboubacar Thiam, a livré une intervention marquée par une forte portée symbolique et institutionnelle. S’adressant au Garde des Sceaux, il a rappelé un fait marquant de son parcours : il y a à peine quatre mois, le Ministre franchissait les portes de ce même tribunal en qualité de Premier Président de la Cour d’Appel de Conakry.
Dans une métaphore saisissante, le Président du Tribunal a évoqué le passage de « l’Occident à l’Orient », traduisant l’élévation du magistrat à la plus haute responsabilité judiciaire de l’Exécutif, là « où siège la lumière, la responsabilité suprême du juge ». Pour le Président Aboubacar Thiam, le Garde des Sceaux n’est pas un simple visiteur à Dixinn, mais un membre à part entière de cette juridiction, tant les liens qui l’y rattachent sont profonds et indélébiles.
Il a souligné que Dixinn avait constitué une étape décisive dans l’ascension professionnelle du Ministre, et que ce dernier, en retour, a contribué à faire rayonner cette juridiction bien au-delà des frontières nationales, renforçant la considération et la crédibilité de la magistrature guinéenne.
Des réalités difficiles et une doléance majeure
Abordant sans détour les réalités quotidiennes du Tribunal, le Président Thiam a reconnu les nombreuses insuffisances auxquelles la juridiction est confrontée : manque de moyens matériels, contraintes logistiques, conditions de travail parfois précaires. Toutefois, parmi ces difficultés, une revendication majeure s’est imposée avec force : la nécessité urgente de doter le Tribunal de Dixinn d’un bâtiment moderne, fonctionnel et conforme à la noblesse de la mission judiciaire.
Il a exprimé l’espoir que ce projet structurant figure parmi les priorités du passage du Ministre à la tête du Département de la Justice, convaincu qu’il constituerait un marqueur fort et durable de son action.
Clôturant son propos dans un registre spirituel, le Président du Tribunal a formulé, en ce temps conjugué du mois saint du Ramadan et du Carême chrétien, des prières ferventes pour le succès de la mission du Garde des Sceaux, implorant la guidance, la sagesse et la bénédiction divine pour le triomphe de la justice guinéenne.
Le parquet de Dixinn : un maillon central sous forte pression
À sa suite, le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Dixinn, Elhadj Sidiki Camara, a pris la parole au nom de l’ensemble du personnel du Parquet. Il a souhaité la bienvenue au Ministre et à sa délégation, se réjouissant de cette rencontre directe, perçue comme une opportunité d’écoute, d’orientation et de renforcement des capacités.
Dans une présentation détaillée, le Procureur a rappelé que le ressort du TPI de Dixinn couvre les communes de Dixinn, Ratoma, Lambanyi et Sonfonia, zones caractérisées par une forte densité humaine et une activité judiciaire intense. Le Parquet fonctionne avec cinq magistrats et un secrétariat, traitant en moyenne vingt-cinq procès-verbaux par semaine, avec un registre du Parquet atteignant déjà près de 177 affaires criminelles et correctionnelles.
Pour améliorer l’efficacité du service, une réorganisation interne a été opérée à travers une note de service datant du 8 décembre 2025, répartissant le travail en quatre bureaux spécialisés : courrier, enrôlement, exécution des décisions et saisie. Cette structuration, appuyée par la complémentarité des magistrats, greffiers, secrétaires et stagiaires, permet de faire face à la lourde charge de travail.
Action pénale, contrôle des gardes à vue et état civil
Le Procureur a également mis en lumière le système de rotation instauré entre les quatre substituts du procureur, dont une femme, ainsi que la collaboration avec trente-neuf organes de police judiciaire, incluant services spéciaux, directions centrales et nationales. Conformément à l’article 55 du Code de procédure pénale, des contrôles réguliers des mesures de garde à vue sont effectués afin de prévenir toute rétention arbitraire.
Sous la coordination du Procureur général, des opérations de ratissage diurnes et nocturnes sont menées dans le ressort pour lutter contre la délinquance, contribuant à l’augmentation du volume des procédures traitées. Les juges d’instruction, quant à eux, impriment une célérité accrue à l’examen des dossiers qui leur sont confiés.
Sur le plan pénitentiaire, malgré un effectif limité à dix-sept gardes, le travail accompli est qualifié de « titanesque », notamment pour assurer la tenue régulière des audiences correctionnelles et criminelles, ainsi que les mouvements des détenus entre la Maison centrale et les cabinets d’instruction.
Enfin, le Procureur a évoqué la mise en œuvre des nouvelles dispositions relatives à l’état civil, faisant du Procureur de la République l’autorité supérieure en la matière, à travers une rencontre de sensibilisation avec les autorités locales et officiers d’état civil du ressort.
Un diagnostic sans complaisance du Garde des Sceaux
Prenant la parole pour clore la cérémonie, le Garde des Sceaux, Ibrahima Sory II Tounkara, a livré une intervention empreinte de franchise et de fermeté. Refusant toute complaisance, il a dressé un diagnostic précis des dysfonctionnements observés au sein de la juridiction : retards dans le traitement des dossiers pénaux et civils, multiplication des renvois, dossiers audiencés sans préparation suffisante, décisions tardivement rédigées et accumulation des procédures en instance.
Soulignant l’ampleur de l’activité du Parquet de Dixinn, qu’il a qualifié de « plus grand parquet du pays », le Ministre a insisté sur la nécessité d’une organisation rigoureuse et d’un respect strict des délais. Il a mis en garde contre les conséquences structurelles de ces dysfonctionnements, notamment l’allongement des détentions provisoires, le surpeuplement carcéral, la dégradation des conditions sanitaires et l’érosion de la confiance des justiciables.
Pour le Garde des Sceaux, l’indépendance de la justice ne saurait être dissociée de la discipline, de l’organisation et du respect de la hiérarchie administrative. La chaîne pénale, a-t-il rappelé, ne peut fonctionner efficacement que si chaque maillon assume pleinement sa mission, dans un esprit de coordination et de responsabilité partagée.
Une visite porteuse de réformes et d’espoir
Au terme de cette visite de prise de contact, le message du Ministre est apparu clair : restaurer l’efficacité, la crédibilité et l’autorité de la justice guinéenne passe par une réforme des pratiques, une meilleure organisation des juridictions et un investissement accru dans les infrastructures. À Dixinn, cette visite marque ainsi un tournant, porteur d’espoir pour les magistrats, les personnels judiciaires et, au-delà, pour l’ensemble des justiciables du ressort.
Par, Ousmane Bony Sylla













