Conakry – Dans un discours à la fois ferme, engagé et empreint de responsabilité républicaine, le Ibrahima Sory II Tounkara, Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, s’est adressé aux magistrats et personnels judiciaires du Tribunal de première instance de Dixinn à l’occasion d’une rencontre institutionnelle marquée par un message de vérité, d’exigence et d’espoir.

Une justice performante indissociable des droits humains

Dès l’entame de son intervention, le ministre a posé le cadre doctrinal de son action à la tête du département de la Justice : la performance juridictionnelle ne peut être dissociée du respect des droits fondamentaux.

« En ma qualité de ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, je ne saurais dissocier performance juridictionnelle et respect des droits fondamentaux », a-t-il affirmé avec gravité, rappelant que les dysfonctionnements de la chaîne pénale ont des conséquences humaines et institutionnelles lourdes.

Il a notamment établi un lien direct entre la lenteur judiciaire et le surpeuplement carcéral, soulignant que les retards dans le traitement des dossiers portent atteinte aux droits humains des justiciables, en particulier ceux privés de liberté. Selon lui, la dégradation des conditions de détention ne relève pas seulement d’un problème administratif, mais touche directement l’image et la crédibilité internationale de la Guinée.

« Lorsque les conditions de détention se dégradent, c’est l’image de notre pays qui en souffre », a-t-il insisté.

Une justice ferme, organisée et humaine

Dans un équilibre assumé entre autorité et humanisme, le Garde des Sceaux a rappelé que la justice doit être ferme dans l’application de la loi, rigoureusement organisée, mais aussi profondément humaine dans son fonctionnement et ses décisions.

Cette vision, a-t-il précisé, repose sur des magistrats compétents et un personnel judiciaire engagé, des qualités qu’il reconnaît pleinement au tribunal de Dixinn.

« Je sais que cette juridiction dispose de compétences solides et d’un personnel engagé », a-t-il déclaré, évoquant sa connaissance personnelle de nombreux magistrats et greffiers en poste. Toutefois, il a tenu à rappeler que l’engagement ne peut rester déclaratif.

Des résultats mesurables attendus

Le ministre a clairement fixé le cap : les efforts doivent désormais se traduire par des résultats concrets et mesurables. Parmi les priorités évoquées figurent :

la réduction significative des délais de jugement, la diminution des renvois abusifs, l’amélioration de la productivité et de la régularité des audiences.

Pour lui, ces indicateurs constituent la véritable mesure de la performance judiciaire et conditionnent la confiance des citoyens dans l’institution.

Dixinn appelé à redevenir une juridiction de référence

Dans un ton à la fois personnel et exigeant, Ibrahima Sory II Tounkara a souligné le caractère symbolique de sa présence à Dixinn, qu’il considère comme une juridiction qui lui est chère.

« L’exemplarité doit commencer ici, par cette juridiction. Je le dis en connaissance de cause, parce que c’est chez moi ici », a-t-il lancé, appelant le tribunal de première instance de Dixinn à redevenir une référence nationale en matière d’organisation et de discipline juridictionnelle.

Discipline, hiérarchie et responsabilité partagée

Loin d’un simple discours d’encouragement, le ministre a affirmé être venu porter une exigence claire :

le respect strict de la hiérarchie judiciaire,

la diligence dans le traitement des dossiers,

la tenue effective des audiences aux heures prévues, et la responsabilité partagée de tous les organes de la juridiction.

« La justice ne se décrète pas, elle se construit quotidiennement par le travail rigoureux et discipliné de chacun », a-t-il martelé, rappelant que l’autorité de la justice repose d’abord sur la cohérence et l’exemplarité internes.

Des conditions de travail difficiles reconnues

Abordant sans détour les réalités matérielles, le Garde des Sceaux a reconnu la précarité des conditions de travail dans lesquelles évoluent les magistrats et les greffiers. Il a donné acte aux sollicitations formulées par le président du tribunal et le procureur, reconnaissant le caractère « exécrable » de certaines conditions observées sur le terrain.

Toutefois, loin de s’en tenir au constat, il a pris un engagement fort :

« Je serai le premier avocat de cette juridiction pour l’amélioration des conditions de travail », a-t-il promis, assurant que des actions concrètes seront entreprises pour accompagner les efforts exigés du personnel judiciaire.

Une feuille de route claire pour la refondation judiciaire

À travers cette intervention, le ministre de la Justice a tracé une véritable feuille de route pour la refondation de l’action judiciaire à Dixinn et, au-delà, dans l’ensemble du système judiciaire guinéen : une justice plus rapide, plus disciplinée, plus efficace, mais surtout plus respectueuse des droits humains.

Ce message, salué par de nombreux acteurs judiciaires présents, marque une étape importante dans la volonté affichée des autorités de réconcilier performance institutionnelle et dignité humaine, socles indispensables d’un État de droit crédible et respecté.

Par, Ousmane Bony Sylla