Il y a, dans chaque société et dans chaque époque, ces individus qui avancent avec la certitude arrogante que leur silence équivaut à de la profondeur, que leur distance est un signe d’élévation, et que leur absence de franchise traduit une supériorité naturelle. Ils se tiennent droits, la tête légèrement relevée, persuadés que leur opacité les protège et impose le respect. Ils se trompent. Ce n’est pas de la hauteur. C’est de la peur maquillée.
Politiquement, ce sont ces profils qui parasitent les dynamiques collectives. Ils ne s’engagent jamais vraiment, mais ils sont champions en critiques et sont toujours en retrait. Ils ne se décident jamais mais jugent les autres par humeur. En réalité, ce sont des personnes qui ne parlent pas vrai. Mais exigent le courage en prenant beaucoup de risques et sans cohérence. Pire ! Il leur manque cruellement de qualités. Ce sont des acteurs invisibles, mais jamais neutres: leur attitude nourrit la suspicion, ralentit l’action et fragilise les relations humaines autant que les projets sociaux.
Psychologiquement, leur posture n’est qu’une stratégie d’autoprotection. La véritable supériorité n’a pas besoin de se montrer, encore moins de mépriser. Celui qui se croit solide n’a pas peur d’ « afficher sa position ».
Celui qui se cache derrière des demi-mots, des demi-vérités ou des silences lourds ne fuit pas les autres: il se fuit lui-même.
Et pourtant, l’avocat du diable pourrait objecter que la franchise peut blesser, que nous devons parfois taire certaines choses pour préserver la paix. Certes, il y a la vérité mais il existe aussi une différence nette entre la prudence et l’arrogance, entre la sagesse et l’hypocrisie.
La réserve humble construit. Le silence méprisant détruit.
Dans toute tradition spirituelle, qu’elle soit africaine, chrétienne, musulmane ou simplement humaine, une vérité demeure: l’être humain se mesure à la clarté de son cœur, pas à l’opacité de son attitude. Celui qui dit la vérité, même maladroitement, marche dans la lumière. Tandis que celui qui cultive l’ambiguïté pour dominer marche dans son propre brouillard marche dans le noir qui conduit à l’échec et à l’enfer.
Depuis que le Monde est ce qu’il est, la sagesse nous enseigne que les relations humaines tiennent moins aux discours qu’à la qualité de l’intention. quant à la spiritualité, elle rappelle la vraie grandeur de manière humble mais jamais bruyante, ni arrogante.
Alors oui :
Nous ne contrôlons pas tout dans la vie; nous ne recevons pas toujours ce que nous souhaitons. Mais nous avons un pouvoir immense: celui de reconnaître la valeur des êtres sincères, et de nous détourner de ceux qui confondent hauteur à l’orgueil vide.
En conclusion, la franchise n’est pas une option. C’est un acte politique. Un acte psychologique. Un acte spirituel. Et surtout, un acte de paix.
Ousmane Bony Sylla, administrateur civil


