Dans toutes les traditions spirituelles, l’enfant est un dépôt sacré de Dieu, une vie confiée aux adultes comme une épreuve de responsabilité et d’élévation morale. Pourtant, derrière les murs de bon nombre de foyers, se joue une tragédie silencieuse: celle de l’enfant perçu par certains comme un intrus, un rappel gênant du passé, une charge que l’on tolère sans jamais l’accueillir pleinement.
Ce texte ne s’attarde pas sur un fait divers. II interroge une faillite de l’âme : la violence faite à l’enfant, rendue possible par l’endurcissement des cœurs, l’orgueil des adultes et l’abandon de la sagesse.
La violence ne commence pas toujours par le fracas. Elle naît dans le regard qui exclut, dans la parole qui rabaisse, dans l’organisation du quotidien qui relègue l’enfant au dernier rang. Celui qui mange après, qui reçoit moins, qui porte les charges les plus lourdes. Cette dégradation lente vise à nier sa dignité, à l’effacer symboliquement. Or, humilier un enfant, c’est s’attaquer à ce qu’il y a de plus pur et de plus vulnérable dans l’humanité.
Aucune blessure affective, aucune jalousie, aucune rivalité ne peut justifier qu’un adulte fasse payer à un enfant le poids de ses frustrations. Là où l’humilité devrait ouvrir à la compassion, l’orgueil installe la domination et transforme le foyer en scène d’oppression.
Mais le drame le plus profond n’est pas toujours dans la main qui opprime. Il est dans le silence de celui qui devait protéger. Un père n’est pas seulement celui qui engendre. Dans toutes les sagesses du monde, il est le gardien, le rempart, celui qui se tient debout lorsque l’innocent est menacé. Lorsqu’il détourne le regard, minimise ou choisit la paix conjugale au détriment de la sécurité de son enfant, il abdique une mission sacrée.
Le silence du père devient alors une autorisation implicite de la cruauté. En se taisant, il transforme le foyer en Creuset d’abandon moral. Ce n’est ni de la prudence, ni de la sagesse. C’est une démission grave, une trahison du sens même de la paternité. Ainsi, la véritable humilité aurait consisté à reconnaître, à protéger, à corriger.
C’est en ce moment là que l’orgueil, lui, choisira le confort pour sacrifier l’innocent.
Pourquoi ces drames se répètent-ils ? Parce que la société a appris à se taire dans la résidence. À confondre discrétion et sagesse. À sacraliser l’autorité du foyer au point de rendre l’enfant invisible. Mais aucune tradition,
aucune foi, aucune morale ne justifie l’aveuglement collectif. Un foyer où un enfant souffre n’est pas un sanctuaire. Une violence couverte par le silence n’est pas une affaire privée. Une autorité qui écrase l’innocent est dévoyée.
La sagesse ne protège pas les apparences. Elle protège la vie dans sa globalité.
Il est temps que la honte change de camp. L’enfant n’a pas à s’adapter à l’injustice. Ce sont les adultes qui doivent s’élever à la hauteur de leur responsabilité. En clair, les pères sont appelés à redevenir des remparts, non des absents. Les femmes et les hommes sont appelés à se souvenir que la véritable force naît de la miséricorde et de l’humilité mais jamais de la domination.
C’est pourquoi, à chaque fois qu’un père détourne le regard pendant que son enfant est brisé, ce n’est pas seulement une enfance qui est sacrifiée. C’est l’idée même de protection, de sagesse vivante et d’humanité qui est trahie.
Et cela, aucune excuse ne peut absoudre.
Ousmane Bony Sylla, Administrateur civil


