Conakry, le 27 février 2026, Le Tribunal de première instance de Kaloum a accueilli, ce jeudi, la visite de prise de contact de Ibrahima Sory II Tounkara, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Cette première immersion ministérielle au sein de cette juridiction stratégique de la capitale s’inscrit dans une dynamique de proximité, de responsabilité et d’exigence républicaine, visant à impulser une nouvelle gouvernance judiciaire fondée sur la rigueur, la célérité et le respect des droits fondamentaux.

Un accueil empreint de solennité et de mémoire institutionnelle

Souhaitant la bienvenue au nom de l’ensemble du personnel judiciaire, Aissata Sakho, Présidente du Tribunal de première instance de Kaloum, a salué une visite hautement symbolique. Elle a rappelé que cette juridiction fut l’un des lieux fondateurs du parcours professionnel du ministre, soulignant ainsi la continuité institutionnelle et la dimension historique de cette rencontre.

Dans son allocution, la Présidente a dressé un état des lieux du tribunal, fort de 16 magistrats (10 au siège et 6 au parquet), 16 greffiers, 6 secrétaires de greffe et 6 agents de la garde pénitentiaire. Elle a insisté sur l’engagement quotidien du personnel malgré des conditions matérielles perfectibles, appelant à l’accompagnement du département de la Justice pour la rénovation et l’équipement des locaux, gages d’une meilleure administration de la justice.

Les attentes du parquet : des moyens pour une justice plus efficace

À son tour, le Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kaloum, Mamoudou Magassouba, a exprimé la reconnaissance du parquet pour l’attention portée à cette juridiction. Il a mis en exergue la place stratégique du tribunal, compétent sur le centre administratif, politique et économique du pays, tout en exposant les difficultés structurelles persistantes : exiguïté et vétusté des locaux, insuffisance de bureaux, inadaptation des salles d’audience, problèmes d’archivage et manque d’équipements.

Tout en saluant l’inscription du tribunal dans un projet gouvernemental de rénovation déjà partiellement financé, le Procureur a plaidé pour une implication personnelle du ministre afin de trouver un site provisoire de relogement, condition indispensable au démarrage effectif des travaux. Une telle mesure, a-t-il souligné, renforcerait durablement la dignité de l’institution judiciaire et la qualité du service rendu aux justiciables.

Un message de fermeté et de réforme du Garde des Sceaux

Prenant la parole, le Ministre de la Justice a livré un discours de fermeté, réaffirmant que sa visite n’était ni protocolaire ni symbolique, mais traduisait une volonté claire d’instaurer une culture de discipline, de performance et de responsabilité. Rappelant que la justice constitue le pilier de l’État de droit, il a dénoncé avec vigueur les lenteurs judiciaires, sources d’atteintes aux droits des justiciables, de surpopulation carcérale et de fragilisation de l’autorité de l’État.

Le Garde des Sceaux a insisté sur l’exigence de célérité en matière pénale comme civile, soulignant que les retards judiciaires alimentent l’insécurité juridique, freinent l’activité économique et entament la confiance des citoyens. Tout en réaffirmant l’indépendance du siège et l’autonomie fonctionnelle du parquet, il a rappelé que ces principes ne sauraient se confondre avec l’absence d’organisation ou de discipline.

À l’issue de son intervention, le ministre a fixé des orientations claires : audiences tenues à l’heure, rôles réalistes et préparés, renvois exceptionnels et motivés, rédaction diligente des décisions, traitement prioritaire des dossiers impliquant des détenus, suivi régulier des détentions provisoires et mise en place d’indicateurs de performance juridictionnelle.

Une vision partagée pour restaurer la confiance

Concluant son propos, le Ministre de la Justice a appelé l’ensemble des acteurs judiciaires de Kaloum à traduire leur engagement en résultats concrets et mesurables. « La justice ne se proclame pas, elle se construit chaque jour », a-t-il martelé, insistant sur la rigueur, la ponctualité et le respect des textes comme fondements de la crédibilité de l’État de droit.

Cette visite de prise de contact marque ainsi une étape importante dans la volonté des autorités judiciaires de redonner à la justice guinéenne toutes ses lettres de noblesse, en la rendant plus efficace, plus humaine et plus proche du citoyen.