Mafanco, Conakry — Le Tribunal de première instance de Mafanco a vécu une journée solennelle et hautement symbolique à l’occasion de la visite de travail du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara. Cette immersion ministérielle, intervenue en pleine période spirituelle du Ramadan, a été marquée par des discours empreints de reconnaissance, de vérité institutionnelle et d’espoir, portés notamment par le Procureur de la République près ladite juridiction et par le Président du Tribunal.

Une juridiction au cœur de la vie nationale

Prenant la parole en ouverture, le Procureur de la République, Ibrahima Kanfory Camara, a souhaité une chaleureuse bienvenue au ministre et à sa délégation, soulignant le caractère historique de cette visite. Il a rappelé l’ampleur territoriale et stratégique de la juridiction de Mafanco, qui s’étend du carrefour Moussoudougou (Coleah, commune de Matam) jusqu’à Lansanayah-Barrage (commune de Tombolia), couvrant intégralement les communes de Matam, Gbéssia, Matoto et Tombolia.

Cette aire de compétence abrite des pôles névralgiques de l’économie nationale, notamment le grand marché de Madina, l’Aéroport international Ahmed Sékou Touré, ainsi que plusieurs unités industrielles. Une densité démographique et économique qui explique, selon le procureur, le volume exceptionnel des affaires traitées chaque année par un effectif de magistrats encore insuffisant.

Un retour chargé de symboles

Dans un moment de forte charge mémorielle, le Procureur de la République a rappelé que le Garde des Sceaux a entamé sa carrière de magistrat à Mafanco, où il a forgé une réputation de rigueur, d’impartialité et de loyauté. Il a évoqué une décision judiciaire emblématique rendue dans la même salle d’audience — la condamnation courageuse d’un ministre en exercice — considérée comme un tournant historique, marquant l’avènement d’une justice affranchie des pesanteurs de l’exécutif.

Ce retour à Mafanco, désormais en qualité de chef du département de la Justice, nourrit l’espoir d’une accélération des travaux du futur palais de justice, dont l’architecture imposante augure d’une amélioration notable des conditions de travail et de l’accès des citoyens à un service public judiciaire de qualité.

Le plaidoyer du Président du Tribunal

Dans son discours de bienvenue, le Président du Tribunal de première instance de Mafanco, Souleymane Traoré, a insisté sur l’importance de cette visite, symbole de l’attention portée par les plus hautes autorités aux réalités quotidiennes des magistrats, greffiers et fonctionnaires de justice. « Vous êtes chez vous à Mafanco », a-t-il déclaré, rappelant les sept années d’exercice du ministre au sein de cette juridiction et l’empreinte durable qu’il y a laissée.

Le Président du Tribunal a également rendu un hommage appuyé à la Secrétaire générale du ministère pour son engagement constant en faveur de l’indépendance de la magistrature, ainsi qu’au Chef de cabinet pour sa disponibilité et son humilité.

Des attentes fortes face aux défis structurels

Évoquant les défis persistants, le Président du Tribunal a dressé un tableau sans complaisance des difficultés opérationnelles : insuffisance de fourgons cellulaires, déficit de gardes pénitentiaires pour l’extraction et la surveillance des détenus, contraintes pesant sur les juges d’instruction, parfois obligés de se rendre à la Maison centrale pour respecter les délais de procédure. Autant de facteurs qui fragilisent le droit fondamental d’être jugé dans un délai raisonnable et peuvent entamer la confiance du justiciable.

Il a également plaidé pour l’accélération de l’élaboration d’un nouveau Code de procédure civile, afin d’adapter la justice civile aux exigences de la modernité et du numérique.

Des résultats malgré tout probants

Malgré ces contraintes, le Tribunal de Mafanco affiche des performances notables. En 2025, la juridiction a jugé 752 dossiers correctionnels, 42 dossiers criminels et 427 dossiers en matière civile contentieuse. Une prouesse attribuée à l’abnégation et au dynamisme du personnel, qui permet aujourd’hui de traiter en temps réel les dossiers en état d’être jugés.

Une justice en refondation

Au terme des interventions, un message clair s’est dégagé : le Tribunal de première instance de Mafanco est prêt à « payer le tribut de la refondation judiciaire ». Les magistrats et l’ensemble du personnel se disent disposés à accompagner les réformes annoncées par le Garde des Sceaux, dans l’objectif commun de bâtir une justice indépendante, équitable et accessible à tous.

En ce vendredi saint coïncidant avec le mois béni de Ramadan, les intervenants ont formulé des prières pour la santé et la réussite du ministre dans sa mission, appelant à la bénédiction divine sur la Guinée et sur l’ensemble de ses citoyens.

Par, Ousmane Bony Sylla