Comme le dit un adage, « Avoir la foi ne garantit à personne une vie sans douleur. »
Alors, penser le contraire, c’est confondre la spiritualité avec le confort.
Dans toutes les grandes traditions, l’épreuve n’est pas synonyme d’accident: elle n’est qu’un simple langage, un rappel, parfois même une miséricorde que l’on ne comprend qu’après l’orage.
C’est pourquoi l’injustice, à l’image de la difficulté de cette particularité: elle dévoile ce que la tranquillité dissimule. Et mieux, elle confronte à nous-mêmes, à nos limites, à nos angles morts.
Et la première étape pour en sortir n’est pas la révolte: mais l’acceptation. En islam, on dit : Al hamdoulillah en toute circonstance. Ce ne signifie pas la résignation. C’est un acte de lucidité. Une manière de dire: « Seigneur, Tu es mon Créateur, et je me remets à Toi. Si cette épreuve m’est destinée, alors, elle porte en moi une sagesse dont je veux cerner le vrai contenu. »
Dans toutes les situations, accepter ne signifie jamais s’effacer. Il n’y a aucune équation à établir entre ces deux réalités. L’acceptation n’est pas extinction de soi: c’est la reconnaissance de la réalité. Comment combattre une injustice si l’on refuse de la voir à l’origine ? Comment se relever si l’on nie la chute ?
En clair, l’être humain ne peut transformer que ce qu’il a eu le courage de nommer clairement. C’est pourquoi la foi vraie foi commence par une mise en scène de la vérité, pas par une mise en force.
Mais il y a une autre vérité, plus subtile encore: la foi et l’égo ne peuvent jamais cohabiter. L’égo veut avoir raison, la maîtrise pour s’imposer. Tandis que la foi, elle, veut comprendre, avancer, purifier. L’égo murmure contre la belle vie; quant à lui, la foi dit « Al hamdoulillah » parce qu’elle sait que tout acte a un sens, même ce qui semble injuste. L’égo fabrique des abcès intérieurs, des rancœurs qui déforment le regard et durcissent le cœur. La foi, elle, protège ce cœur et l’éloigne des maladies avant même que l’épreuve ne le blesse.
Ainsi, refuser l’épreuve ne la fait jamais disparaître ; mais l’accueillir avec humilité lui ôte son pouvoir destructeur. L’épreuve, lorsqu’elle est comprise, devient une initiation. Lorsqu’elle est vécue avec Dieu, elle devient une guérison. Lorsqu’elle est traversée avec patience, elle devient une transformation. L’humain qui dit « Al hamdoulillah » ne nie pas la douleur: il refuse simplement d’en faire un poison. Il reconnaît que Dieu ne demande pas au croyant d’être invincible, mais d’être vrai.
C’est pourquoi la plainte excessive est un piège.
Elle enfante une seconde souffrance, plus profonde que la première: la souffrance de se croire abandonné, trahi, incompris. Or le croyant n’est jamais abandonné. L’épreuve n’est pas une punition: elle est un rappel adressé à celui qui, parfois, oublie sa propre force ou son propre chemin. Le Créateur ne veut pas briser; Il veut faire grandir. Mais grandir exige de déposer l’ego pour que l’âme puisse respirer.
Accepter, ce n’est pas renoncer à agir. Accepter, c’est renoncer à murmurer contre la réalité pour mieux la transformer. C’est reconnaître la main de Dieu dans ce que l’on ne comprend pas encore. C’est s’agenouiller non pas devant la difficulté, mais devant la vérité. Car la vérité est simple : la vie ne nous doit pas l’absence de tempêtes; mais Dieu nous donne toujours la capacité de traverser.
En définitif, la vraie sagesse ne consiste pas à éviter les épreuves, mais à ne pas se laisser abîmer par elles. Ne pas laisser l’ego rendre la douleur plus lourde qu’elle ne l’est. Ne pas laisser l’amertume devenir un abcès. Préserver son cœur comme on préserve une source. Dire « Al hamdoulillah » non par obligation, mais parce que l’on sait que chaque épreuve porte un sens, une purification, une direction. Que rien n’est vain. Que rien n’est perdu. Que Dieu écrit droit, même avec les lignes que nous ne comprenons pas.
Et celui qui accepte cela, marche avec une paix que rien ne peut ébranler.
Ousmane Bony Sylla, administrateur civil


