Conakry, 04 mars 2026 – Le Tribunal du Travail de Conakry a reçu, ce mercredi, la visite du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, dans le cadre de sa tournée de prise de contact avec les juridictions placées sous sa tutelle. Cette visite s’inscrit dans une dynamique de rapprochement entre l’administration centrale et les acteurs judiciaires de terrain, afin de mieux appréhender les réalités, les contraintes et les attentes du monde judiciaire.
Une visite placée sous le signe de l’écoute et de la responsabilité
Accueillant la délégation ministérielle, le Président du Tribunal du Travail de Conakry, Monsieur Alhassane Taran Diallo, a exprimé sa profonde satisfaction face à cette démarche qu’il a qualifiée de « hautement significative ». Dans son discours de bienvenue, il a souligné que cette visite, intervenue peu après la nomination du Garde des Sceaux, traduit une volonté claire de dialogue, d’écoute et de compréhension des réalités quotidiennes des juridictions.
Institution de proximité par excellence, le Tribunal du Travail occupe, selon le Président Diallo, une place centrale dans la régulation des relations professionnelles et la préservation de la dignité humaine. Les litiges qui y sont soumis exigent une justice équilibrée, diligente et équitable, soucieuse à la fois de la protection des travailleurs et de la sécurité juridique des employeurs.
Revenant sur les actions menées depuis sa prise de fonction en novembre 2025, le Président du Tribunal a évoqué notamment l’organisation de l’Assemblée générale de la juridiction, les rencontres de concertation avec l’Inspection générale du Travail, ainsi que l’adoption de résolutions visant l’harmonisation des pratiques professionnelles, l’amélioration de la célérité des procédures et le démarrage effectif des audiences publiques à des horaires réguliers.
Tout en réaffirmant l’engagement du Tribunal à accompagner les réformes annoncées par le département de la Justice, il a assuré le Garde des Sceaux de la disponibilité et de la détermination des magistrats et du personnel judiciaire à œuvrer, dans le respect de l’indépendance de la magistrature, pour une justice plus crédible, plus accessible et plus efficace.
Un état des lieux sans complaisance présenté par le Vice-président
Prenant la parole à la suite du Président, le Vice-président du Tribunal du Travail de Conakry, Monsieur Lansana Chérif, a dressé un tableau détaillé de la situation actuelle de la juridiction, tant sur le plan organisationnel que fonctionnel.
Il a rappelé que, faute de disposer d’un siège propre, le Tribunal est logé depuis sa création dans un pavillon du Tribunal de Première Instance de Mafanco, composé de seulement quatre bureaux, accueillant magistrats, greffiers et secrétaires dans des conditions de promiscuité peu compatibles avec les exigences d’une juridiction spécialisée. À cette contrainte s’ajoute la présence de vingt-quatre assesseurs – douze représentants des employeurs et douze des travailleurs – dont l’engagement demeure indispensable au fonctionnement collégial du Tribunal.
Sur le plan juridique, le Vice-président a rappelé que le Tribunal du Travail de Conakry tire son fondement du Code du Travail guinéen, qui définit clairement sa compétence nationale, son organisation et son fonctionnement. Cette compétence nationale confère à la juridiction un rôle majeur dans la gestion du contentieux social sur l’ensemble du territoire.
Les statistiques présentées témoignent d’une augmentation significative du volume des affaires : après 218 dossiers enregistrés en 2024 et 319 en 2025, l’année 2026 affiche déjà 99 affaires enregistrées au début du mois de mars, dont plusieurs dossiers complexes liés aux licenciements collectifs pour motif économique. Dans certains cas, le Tribunal est amené à statuer sur des centaines de demandes émanant de travailleurs concernés par une même procédure.
Des contraintes majeures et des recommandations claires
Parmi les difficultés soulevées figurent l’imminence de la démolition du bâtiment actuellement occupé, les retards dans le paiement des indemnités dues aux assesseurs, ainsi que le besoin urgent de renforcer les capacités humaines, matérielles et logistiques de la juridiction. Face à ces défis, le Vice-président a formulé plusieurs recommandations, notamment l’attribution d’un siège propre au Tribunal, la régularisation des indemnités des assesseurs, la mise en œuvre progressive de la digitalisation des procédures et l’allocation d’un budget de fonctionnement spécifique.
Il a également plaidé pour une adaptation des normes légales à l’évolution du monde économique, en suggérant par exemple de faire de la tentative de conciliation un préalable obligatoire devant le juge du travail, à l’image des pratiques en vigueur dans plusieurs pays de la sous-région.
Le message du Garde des Sceaux : responsabilité et engagement
Au terme des échanges, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a rappelé que cette visite s’inscrit dans une tournée globale des juridictions spécialisées, visant à transmettre un message fort de responsabilité et d’éthique professionnelle. Il a reconnu l’existence de difficultés structurelles et fonctionnelles, tout en assurant que des solutions concertées et durables seront recherchées pour améliorer le fonctionnement des juridictions.
Une juridiction au cœur de la stabilité sociale
La visite s’est achevée sur une note d’espoir et d’engagement partagé. Le Tribunal du Travail de Conakry, en tant qu’instrument essentiel de régulation sociale et de sécurisation du climat économique, apparaît plus que jamais comme un pilier de l’État de droit. Dans un contexte marqué par l’essor des investissements et des grands projets structurants, notamment dans le secteur minier, le renforcement de cette juridiction demeure un impératif institutionnel.
Soutenir le Tribunal du Travail, ont unanimement convenu les intervenants, c’est consolider la confiance des travailleurs, rassurer les employeurs et contribuer durablement à la paix sociale et au développement national.







