La République de Guinée accueille, pour la toute première fois, les audiences hors siège de la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). À cette occasion, Dr Yaouza Ouro-Sama, greffier en chef de l’institution judiciaire régionale, a accordé ce mardi 12 mai 2026 une interview à notre rédaction afin d’expliquer les enjeux de cette mission qui se déroulera du 13 au 18 mai 2026 à Conakry.

Selon le responsable de la Cour, cette mission s’articule autour de deux activités majeures. La première concerne une campagne de sensibilisation et de communication destinée aux populations guinéennes. Prévue les 13 et 14 mai dans la salle des audiences du procès des événements du 28 septembre 2009, cette initiative vise à informer les citoyens sur l’existence de la Cour, ses compétences, ses procédures ainsi que les conditions d’accès à cette juridiction communautaire.

« La Cour de justice de la CEDEAO est en Guinée pour deux activités. La première activité, c’est la sensibilisation des populations guinéennes sur l’existence de la Cour, son mandat, ses procédures et son accessibilité », a expliqué Dr Yaouza Ouro-Sama.

La seconde activité porte sur les audiences hors siège, communément appelées audiences foraines, qui se tiendront du 15 au 18 mai dans les mêmes locaux. Ces audiences permettront à la Cour d’entendre plusieurs affaires impliquant des États membres de la CEDEAO, mais également de rendre d’importantes décisions judiciaires.

« L’objectif de la Cour, c’est de se rendre de plus en plus visible et de se rapprocher, autant que faire se peut, des populations et des citoyens de la communauté », a-t-il ajouté.

Durant ces quatre jours d’audiences, la Cour prévoit d’examiner 23 dossiers en seulement 48 heures. Huit arrêts seront prononcés, tandis que plusieurs autres affaires feront l’objet d’auditions devant les juges communautaires.

Le greffier en chef a précisé que l’essentiel des dossiers examinés concerne des violations présumées des droits de l’homme. Il a rappelé que la Cour de justice de la CEDEAO possède une particularité majeure : celle d’être directement saisie par des citoyens estimant que leurs droits fondamentaux ont été violés dans leurs pays respectifs.

« Les particuliers peuvent saisir directement la Cour de justice de la CEDEAO afin de solliciter des décisions permettant de caractériser d’éventuelles violations des droits de l’homme et d’obtenir, le cas échéant, des réparations », a-t-il souligné.

Les affaires inscrites au rôle concernent plusieurs pays membres de la CEDEAO, notamment la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Nigeria et le Cap-Vert. Aucune affaire guinéenne ne figure cependant parmi les dossiers retenus pour ces audiences, les procédures concernant la Guinée n’étant pas encore suffisamment avancées pour être jugées.

Dr Yaouza Ouro-Sama a également rappelé que la tenue d’audiences hors siège est prévue par les textes régissant la Cour. Basée à Abuja, au Nigeria, l’institution a déjà organisé ce type de sessions dans plusieurs pays de la sous-région, notamment au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Le choix de la Guinée s’inscrit donc dans une volonté de rapprochement avec les populations et de promotion du dialogue judiciaire entre les juridictions nationales et la juridiction régionale.

Le greffier en chef s’est par ailleurs réjoui de l’accueil réservé à la délégation de la CEDEAO en Guinée. Il a salué l’implication des autorités guinéennes ainsi que le soutien des populations dans l’organisation de cet événement régional.

« Nous sommes impressionnés par le niveau d’accompagnement aussi bien du Président de la République que du gouvernement dans son ensemble, mais également par celui des populations », a-t-il affirmé, évoquant un appui logistique et institutionnel « sans précédent ».

À travers cette première organisation d’audiences foraines en Guinée, la Cour de justice de la CEDEAO entend renforcer sa visibilité et rapprocher davantage la justice communautaire des citoyens ouest-africains. Au-delà des décisions attendues sur plusieurs dossiers liés aux droits humains, cette mission marque également une étape importante dans la coopération judiciaire régionale et dans la promotion de l’État de droit au sein de l’espace communautaire.

Par, Ousmane Bony