Depuis plusieurs jours, l’accès à la place des Martyrs et à la Maison des jeunes de Kankan fait l’objet de restrictions. Les véhicules et les motos ne seraient notamment plus autorisés à y accéder librement. La situation suscite des interrogations, notamment sur la gestion de ces espaces publics et sur l’éventuelle perception de frais auprès de certains usagers.

Contacté par téléphone le mercredi 7 octobre 2026, alors qu’il se trouvait à Conakry, le préfet de Kankan, le colonel Mohamed Niang, a expliqué que ces restrictions sont liées aux travaux de rénovation engagés à la Maison des jeunes et à la place des Martyrs.

« C’est pour préserver cet acquis que j’ai embelli, pour que les gens viennent prendre de belles images, mais pas pour ramasser de l’argent, pas du tout. C’est aussi pour empêcher les animaux », a-t-il expliqué, insistant sur le caractère symbolique du site et sur le respect dû à la mémoire des martyrs.

Interrogé sur la présence d’une commission à l’entrée du site, qui serait chargée de réclamer des frais pour le stationnement des véhicules et des motos, le préfet affirme ne pas avoir été informé d’une telle initiative.

« Ceux qui font cela, je vais chercher à savoir qui les a commandités. Ils n’ont qu’à cesser immédiatement. Moi, je ne cherche pas de recette ; la préfecture n’a pas de poste de recette », a déclaré le colonel Mohamed Niang.

Cette version contraste toutefois avec certains témoignages recueillis sur place.

Youssoupha Kourouma, photographe, affirme qu’une rencontre aurait été organisée entre des photographes et les autorités communales au sujet d’une contribution destinée à accompagner la rénovation des lieux.

Selon lui, le montant initialement évoqué était de 10 000 GNF par personne, avant d’être ramené à 5 000 GNF par photographe et par jour.

« Comme tous nos amis n’étaient pas présents à la réunion, nous avons demandé une réduction et nous avons conclu à 5 000 GNF par personne et par jour. Même cela, c’est trop », a-t-il expliqué.

Du côté de la mairie, le chargé de communication, Michel Pivi, affirme pour sa part ne pas avoir été informé de la perception de frais pour accéder à la place des Martyrs.

« Je viens d’être informé que l’accès est payant. C’est la première fois que nous assistons à une telle situation. On va interpeller les autorités municipales. S’il s’avère vrai qu’elles sont impliquées dans cette gestion de la place publique, nous allons nous en enquérir », a-t-il déclaré.

Il rappelle également que, selon les informations dont il dispose, la Maison des jeunes et la place des Martyrs relèvent de la préfecture.

Des frais également évoqués pour les mariages

Interrogé en marge, un membre de la commission installée à l’entrée principale de la Maison des jeunes et de la place des Martyrs n’a pas nié l’existence de paiements.

Selon cette source, les couples venant célébrer leur mariage sur le site paieraient au minimum 30 000 GNF. Le montant pourrait ensuite varier en fonction du nombre de personnes accompagnant le couple. Cette même personne affirme que la commission agirait via la mairie.

Pour Nakany Konaté, membre du comité d’animation de la Maison des jeunes de Kankan, cette situation nécessite une clarification des autorités afin d’éviter un éventuel conflit de compétences.

« Celui qui gère la place des Martyrs a un contrat avec la préfecture par l’intermédiaire du patrimoine bâti. S’il voit d’autres personnes venir exercer d’autres gestions, cela va l’inquiéter », a-t-elle expliqué.

Elle évoque également la situation de la Maison des jeunes, où le ministère de la Jeunesse dispose d’un représentant ainsi que d’un comité de gestion.

« Il faut que nos autorités cherchent à résoudre ce conflit de compétences et qu’elles expliquent la situation aux jeunes et à l’ensemble de la population pour éviter tout problème », a-t-elle plaidé.

Le patrimoine bâti et la Jeunesse restent prudents

Dans le cadre du recoupement, notre rédaction a également tenté de joindre Moussa Sangaré, directeur préfectoral du patrimoine bâti de Kankan. Celui-ci n’a pas souhaité développer le sujet, indiquant simplement ne rien savoir de cette situation.

De son côté, le directeur préfectoral de la Jeunesse n’a pas souhaité faire davantage de commentaires. Il estime que le préfet de Kankan s’est déjà prononcé clairement en affirmant que l’accès au site ne devait pas être payant.

Pour l’heure, les différentes déclarations recueillies font apparaître des divergences sur la gestion de la place des Martyrs et de la Maison des jeunes, ainsi que sur l’éventuelle perception de frais auprès des usagers.

Entre la préfecture, la mairie, les gestionnaires du site et les usagers, les responsabilités restent donc à clarifier. Une mise au point officielle apparaît nécessaire afin de déterminer qui autorise ces paiements, à quelles fins et sur quelle base ils sont perçus.